Ebola : 20 000 nouvelles infections en 5 semaines…

[23 septembre 2014 - 12h19] [mis à jour le 23 septembre 2014 à 12h29]

L’épidémie de virus Ebola fait chaque jour plus de victimes en Afrique de l’Ouest. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM) prédit une croissance exponentielle du nombre de nouvelles infections d’ici au début du mois de novembre, si les mesures de lutte contre la flambée ne sont pas renforcées rapidement.

Voici exactement 6 mois que la flambée a été signalée à l’OMS. C’était le 23 mars 2014. Toutefois, « les enquêtes rétrospectives ont montré qu’elle avait débuté en décembre 2013, dans les zones forestières de Guinée », indiquent les experts de l’OMS et de l’Imperial College de Londres (Royaume-Uni). Pour mieux comprendre la situation, et donc mieux combattre l’épidémie, ces derniers ont mené leurs analyses sur la période allant du 30 décembre 2013 au 14 septembre 2014. Entre ces deux dates, « 4 507 cas au total ont été notifiés, parmi lesquels 70,8% des patients sont décédés».

Ce taux de létalité, très élevé, est similaire en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone. Toutefois, il « était plus faible lorsqu’on tenait compte seulement des patients hospitalisés », explique le Dr Christopher Dye, directeur chargé de la Stratégie de l’OMS et co-auteur de l’étude. Une information importante « tendant à prouver l’importance de prodiguer rapidement aux patients des soins de soutien de qualité », poursuit-il.

Des pays en difficulté

« Nous pensons que l’ampleur exceptionnelle de l’épidémie actuelle ne s’explique pas principalement par les caractéristiques biologiques du virus », note le Dr Dye. « Mais par (le profil) des populations touchées, l’état des systèmes de santé et le fait que les efforts de lutte soient insuffisants pour enrayer la propagation de l’infection. »

En effet, « les systèmes de santé des trois pays ont été mis à mal par des années de conflit et la pénurie d’agents de santé est importante », précise-t-il. Par ailleurs, la propagation du virus sur les trois pays les plus touchés, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, s’explique par « les liens très étroits (entretenus par leurs populations n.d.l.r), la circulation transfrontalière très importante et le fait qu’il soit assez facile de voyager par la route entre les petites villes et les villages des zones rurales et les capitales densément peuplées ».

« L’important brassage de populations a facilité la propagation de l’infection mais une flambée de grande ampleur était évitable », estime pourtant Christl Donnelly, professeur d’épidémiologie statistique à l’Imperial College et au MRC Centre for Outbreak Analysis and Modelling. Une conclusion tirée par Médecins sans frontières dès la fin du mois de juin. L’ONG appelait déjà à un investissement plus important de la part de la communauté internationale, pour venir en aide aux pays touchés face à une épidémie déjà qualifié d’incontrôlable. L’OMS de son côté a déclaré l’épidémie comme « une urgence de santé publique à caractère international » le 8 août.

Aujourd’hui, malgré les annonces d’envoi de renforts par divers pays, parmi lesquels les Etats-Unis, Cuba et la France, les projections des experts sont encore inquiétantes. Celles-ci « semblent indiquer que si les mesures de lutte ne sont pas rapidement améliorées, ces trois pays notifieront bientôt des milliers de cas et de décès chaque semaine », insiste le Dr Dye. D’après les prévisions, d’ici au 2 novembre, 20 000 nouvelles infections sont à craindre en à peine 5 semaines (5 740 en Guinée, 9 890 en au Libéria, et 5 000 en Sierra Leone). Le risque que la flambée de maladie à virus Ebola continue à s’étendre est donc bien réel.

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