Contre Ebola : 8 traitements, 2 vaccins et (un) peu d’espoir

[05 septembre 2014 - 17h02] [mis à jour le 05 septembre 2014 à 19h42]

Le traitement expérimental ZMapp, administré en juillet à deux humanitaires américains contaminés par le virus Ebola, et guéris depuis, avait suscité beaucoup d’espoir. A tel point que des voix s’étaient élevées pour soutenir l’usage compassionnel de ce produit. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), réunie hier et aujourd’hui, vient d’autoriser l’utilisation d’un petit nombre de traitements expérimentaux et de 2 vaccins en Afrique de l’Ouest. Des essais cliniques dans les règles de l’art vont être mis en place pour évaluer l’efficacité de ces molécules. Une équipe française prépare, avec la Guinée, l’un de ces essais.

Le ZMapp a peut-être participé à la guérison des deux Américains contaminés en juillet par le virus Ebola. Mais rien n’est moins sûr. De toute façon, pour le moment, « il n’y en a plus », nous rappelle le Dr Bernadette Murgue, directrice adjointe de l’Institut de Microbiologie et Maladies infectieuses (INSERM). Il fait pourtant partie des 8 traitements et 2 vaccins étudiés par les experts de l’OMS en vue d’une administration aux malades. Ce vendredi soir, l’organisation a annoncé qu’elle autorisait l’usage – de façon très encadrée – de 8 molécules et 2 vaccins expérimentaux.

Parmi les équipes prêtes à mener des essais sur le terrain, celle de Bernadette Murgue. « Nous envisageons de mettre en place un essai en Guinée chez un très petit nombre de patients. Entre 30 et 50 », indique-t-elle. « D’abord pour voir l’effet sur la mortalité et ensuite sur la charge virale. » L’étude devrait en principe cibler des adultes, sans trop de co-morbidités et à un stade précoce de l’infection.

Reste la question de la disponibilité de ces molécules. « Une seule existe a priori en quantité significative, c’est le favipiravir», poursuit le Dr Murgue. Et ce, d’autant qu’« elle est déjà en phase 3 dans d’autres indications, notamment la grippe compliquée », précise-t-elle. « Plus de 1 000 patients ont déjà reçu ce traitement. »

Mais selon le Pr Bruno Lina, virologue à Lyon, « pour bon nombre de ces molécules (notamment la sérothérapie) l’utilisation compassionnelle pourrait être compliquée. La logistique et le faible nombre de doses disponibles vont vite montrer leurs limites ». Quant aux vaccins, « c’est encore très tôt ! »

Une catastrophe sanitaire avant tout

Bien que ces molécules soient très expérimentales pour la plupart, les essais cliniques envisagés devraient permettre de faire avancer la recherche face au virus Ebola, contre lequel il n’existe rien aujourd’hui. « C’est important car si on ne le fait pas maintenant, lors de la prochaine épidémie, on sera exposé au même problème d’absence de traitement… », estime le Dr Murgue. Pour autant, « la priorité reste d’endiguer l’épidémie actuelle, véritable catastrophe sanitaire. Au Libéria, les médecins manquent de protection minimale, de gants… Dans un tel état de dénuement, ils ne peuvent pas faire leur travail. Il faut agir à ce niveau. »

De son côté, le Pr Lina fait le même constat. Selon lui, « il y a peu de moyens disponibles et l’OMS va devoir gérer la pénurie (de la plupart des molécules expérimentales n.d.l.r.). » En effet, ces molécules sont disponibles en très petites quantités et ne pourraient être produites que pour le début de l’année 2015 au plus tôt. « Cela conforte la nécessité de travailler sur le terrain pour la prévention. Ce travail permettra de contrôler l’épidémie. Penser que ces produits sont la réponse immédiate serait une erreur », souligne le Pr Lina.

L’OMS, qui semble bien consciente de la situation, rappelle d’ailleurs dans son document de travail que « l’usage compassionnel éventuel et les essais cliniques ne doivent pas détourner l’attention des actions essentielles. A savoir la mise en place d’un système de soins efficace, d’une prévention des nouvelles infections, d’un suivi rigoureux des personnes au contact des malades, d’une mobilisation sociale et d’une communication sur la maladie auprès des populations. Ces éléments sont cruciaux pour en finir avec l’épidémie. »

L’épidémie s’étend…

Parmi les pays touchés, le Nigéria semble perdre le contrôle de la situation. Ainsi, trois nouveaux cas confirmés par laboratoires ont été signalés à Port Harcourt, une ville pétrolière. Un des malades contaminés à Lagos – où est arrivé le premier cas importé du Libéria – a fui vers ce port. Le médecin qui l’y a soigné est à l’origine de nombreux contacts avec la population. Le risque d’une explosion du nombre de cas a été évoqué par l’OMS, qui suit actuellement au moins… 200 personnes. Dans son dernier décompte, l’OMS fait état de 1 841 morts sur 3 665  cas dans les trois pays les plus touchés, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone.

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