Ebola : la France soutient les soignants guinéens

[09 janvier 2015 - 15h18] [mis à jour le 09 janvier 2015 à 15h23]

C’est non loin de Conakry, à Manéah, que les militaires français ont installé, dans le cadre de l’action intergouvernementale pour la lutte contre Ebola et en accord avec les autorités guinéennes, un centre de formation des soignants. Depuis le 2 décembre dernier, ils y forment des professionnels de santé locaux à la lutte contre le filovirus. En parallèle, un centre de traitement pour les soignants devrait ouvrir prochainement dans la capitale. Ces deux dispositifs ont le même objectif : soutenir le combat mené par les soignants contre la pire épidémie d’Ebola de l’histoire.

En première ligne depuis le début de l’épidémie, en décembre 2013, les soignants sont particulièrement exposés au virus. Les médecins, les infirmiers, mais aussi les personnels chargés de préparer les corps aux enterrements et ceux qui nettoient les lieux contaminés au chlore. Ils ont payé un lourd tribut à la fièvre hémorragique. Et cela continue. « Parce que certains n’ont pas encore les bons réflexes, ne savent pas bien comment se protéger », explique le médecin en chef Pierre-Olivier Miloche, coordonnateur pédagogique du Centre de Formation des Soignants (CFS). Du coup, « ils se contaminent ou contaminent leurs proches et leurs patients. » Par exemple, « un enterrement réalisé sans les précautions nécessaires il y a quelques semaines a provoqué à lui seul 55 morts en 8 jours » !

Des morts supplémentaires dans une liste déjà très longue. Selon le dernier bilan de l’OMS, 7 518 décès ont été rapportés dans les trois principaux pays concernés (Guinée, Libéria et Sierra Leone) au 8 janvier 2015. En Guinée, 1 586 personnes ont succombé au virus. Une autre conséquence, plus indirecte, est constatée après le décès, ou au moins la contamination, de soignants : une perte de confiance de la population envers les professionnels de santé. « Chaque fois qu’un soignant est contaminé ou décède, davantage de malades refusent de se rendre dans les centres de traitement Ebola », détaille le Dr Miloche. C’est ce qui explique l’importance des deux volets de l’intervention française en Guinée. La mise en place du centre de formation et celui de traitement des soignants.

Deux centres, une mission

Dans des locaux spécialement dédiés à cet effet, 7 formateurs ont déjà prodigué leur savoir-faire et leur expertise à près d’une centaine de soignants guinéens. « Pour expliquer les mesures de protection contre une contamination, un centre de traitement Ebola a été reproduit à l’identique », indique Pierre-Olivier Miloche. Zone de traitement, zone des cas suspects et zone à haut risque, morgue… tout y est, en plus petit bien sûr. « Dans des conditions de simulation grandeur nature, nous rappelons ce qu’est Ebola, comment s’en protéger, comment le détruire par le nettoyage au chlore. »

Ainsi est-il important de savoir combien de chlore utiliser sur la peau nue et sur les vêtements. « Tout cela est formalisé. La juste dose c’est 0,05% sur la peau nue et 0,5% si on est habillé. Car si on utilise trop de chlore sur l’épiderme, des micro-fissures se forment, comme autant de portes ouvertes au virus. » Par ailleurs, l’habillage et surtout le déshabillage sont des processus essentiels. « C’est souvent au moment du déshabillage, alors que les gants sont souillés de virus, que les soignants se contaminent », rappelle-t-il. Les premiers retours de cette formation sont positifs. « Aucun de nos stagiaires n’a été jusqu’à présent contaminé », se félicite le Dr Miloche.

A noter enfin que pour éviter aux idées fausses de se propager et inciter les malades à consulter toujours plus précocement, le tout premier centre de traitement des soignants va être inauguré prochainement à Conakry. « Ce n’est pas pour mieux les soigner que les autres. Pas du tout », insiste Pierre-Olivier Miloche. Mais cela pourrait permettre de lutter contre les réticences à se rendre auprès des structures de soins à la première fièvre. Et donc participer au combat contre l’épidémie qui se poursuit.

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