Ecstasy, des pilules surpuissantes?

[11 février 2015 - 14h27] [mis à jour le 17 février 2015 à 17h53]

Des pilules d’ecstasy potentiellement mortelles baptisées Superman circulent actuellement dans différents pays d’Europe occidentale, dont la Belgique, l’Espagne et les Pays-Bas. Au Royaume-Uni, elles ont récemment entraîné le décès d’au moins 4 personnes. Le point sur ces nouvelles drogues.

« Des pilules roses en forme de bouclier sur lesquelles figure le logo Superman présentent un très haut dosage de PMMA (para-méthoxyméthamphétamine) », indique l’Institut scientifique de Santé publique belge. Cette substance ne figure normalement pas dans la composition de l’ecstasy, une drogue de synthèse qui contient habituellement de la MDMA (methylènedioxyméthamphétamine).

Contrairement à l’ecstasy « classique », l’effet de la PMMA, une substance active très puissante, se manifeste bien après l’ingestion de la drogue. Résultat, « les consommateurs peuvent penser avoir pris une dose faible de MDMA et dès lors ingérer plusieurs pilules », explique l’Institut. « Des heures après avoir avalé ces comprimés, des troubles physiques graves comme une augmentation du rythme cardiaque et une hausse très forte de la température corporelle peuvent survenir. Dans de nombreux cas, ces troubles peuvent se solder par un décès. »

Un autre danger menace les consommateurs de ces substances : « il existe sur le marché des pilules pratiquement identiques mais qui renferment une dose élevée de MDMA, moins toxique (que la PMMA n.d.l.r.) », poursuit l’Institut belge. « Il est impossible de faire visuellement la différence entre les pilules PMMA et MDMA. »

La France peut-être concernée

« La présence de PMMA a par le passé été signalée en France en 2009 », indique l’Observatoire français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT). « Il y a eu à nouveau un signalement à Metz en juillet 2014, mais pas sous la forme d’un comprimé Superman car le logo était différent. » Le produit actif était présenté au consommateur comme contenant de la MDMA.

« Il est difficile de savoir exactement quelle est l’origine de la présence de ce produit », souligne l’Observatoire. Toutefois, des hypothèses fondées sur des expériences préalables sont possibles, comme une pénurie de la substance active. « En France, lors de la pénurie du précurseur de MDMA, c’est le mCPP (meta-Chlorophenylpiperazine) qu’on a majoritairement retrouvé dans les comprimés. »

« Cet exemple récent montre en tout cas que la substance peut circuler en France », prévient l’OFDT. « La prudence semble donc de mise. D’autant que la consommation de MDMA n’est pas anodine et peut être impliquée dans des surdoses mortelles. »

Des comprimés pour attirer les jeunes

Les pilules d’ecstasy Superman ne sont pas les seules à inquiéter les autorités sanitaires. Après une période de désintérêt des consommateurs pour l’ecstasy sous forme de comprimés, cette forme a opéré un retour en 2011. Les trafiquants élaborent depuis des pilules avec « des dosages particulièrement élevés et une présentation du produit destinée à attirer les jeunes usagers : pelliculage, couleurs vives et parfois formes 3D (grenade, diamant, fantôme) ». Ainsi, « les doses moyennes par comprimé sont-elles passées de 50 à 60 mg de MDMA dans les années 2000 à près de 100 mg depuis 2012, certains pouvant atteindre 200 mg ».

« Cette augmentation de la teneur est liée à la pureté, mais aussi à la hausse de la masse moyenne des comprimés qui circulent : celle-ci s’établit autour de 300 mg en 2012-2013 contre 200-250 mg dans les années 2000 », poursuit l’OFDT. Des comprimés plus dosés donc mais aussi plus gros ! D’où une augmentation des risques liés à une consommation de ces substances par des usagers peu avertis. Raison pour laquelle l’Institut scientifique de Santé publique belge « insiste sur le fait que la consommation de drogues n’est jamais sûre et conseille dès lors d’éviter toute pilule d’ecstasy ».

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