La lutte contre le cancer en Afrique subsaharienne accuse encore un retard important par rapport aux pays développés. Pour montrer qu’il est possible d’améliorer la situation, l’Alliance Mondiale Contre le Cancer (AMCC) a lancé en 2011 un programme, à Bamako (Mali), intitulé Soutien au diagnostic précoce, à l’accès aux traitements et à la réhabilitation des enfants atteints de rétinoblastome en Afrique francophone sub-saharienne. Les premiers résultats – excellents – ont été présentés les 6 et 7 mars 2015 à l’Institut Curie, partenaire de ce projet.

Le programme lancé par l’AMCC consiste en une aide à l’information des personnels des centres de santé primaires et des parents, à une formation complémentaire d’une durée d’1 semaine à 2 mois à Paris pour les spécialistes (ophtalmologiste, anatomopathologiste, prothésiste oculaire) ainsi qu’à un soutien matériel. Objectif, augmenter significativement le taux de guérison des enfants atteints de rétinoblastome.

Ce cancer de la rétine est une tumeur rare (50 cas nouveaux par an en France) qui touche les jeunes enfants (entre 0 et 4 ans) et dans 40% des cas atteint les 2 yeux. Plus de 98% des patients guérissent en France grâce à un diagnostic précoce et à un accès facile et rapide à des soins de qualité. En Afrique en revanche, on estime à 500 le nombre de nouveaux cas annuels avec des taux de guérison souvent inférieur à 30%.

Un exemple pour d’autres cancers

En 40 mois (de 2011 à 2015), tout juste 124 cas ont pu être pris en charge par l’équipe malienne (dont 20% venant de pays limitrophes). Au total, 48 des 49 enfants avec une forme précoce (unilatérale intraoculaire) sont aujourd’hui en rémission complète (soit 98%) après énucléation et chimiothérapie. Ces 48 patients ont reçu une prothèse oculaire confectionnée sur place. Pour les autres petits malades, les traitements conservateurs (par thermo-chimiothérapie) dans les formes bilatérales ont pu débuter à Bamako en août 2014 grâce à l’achat d’un Laser adapté avec une formation ophtalmologique spécifique, financé par l’AMCC.

« Le rétinoblastome est une tumeur exemplaire qui permet de faire rapidement la démonstration que les équipes sur place peuvent, avec un peu d’aide, changer le cours des choses », estime le Pr Pierre Bey, directeur médical de l’AMCC. « Cela peut s’appliquer à d’autres cancers, notamment de l’enfant et de l’adulte jeune, un élément capital au moment même où l’Afrique prend conscience de l’importance que va avoir le cancer dans les prochaines décennies ».

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