Epidémie d’Ebola : 3 traitements expérimentaux testés sur place

[13 novembre 2014 - 17h25] [mis à jour le 13 novembre 2014 à 17h26]

Au cours du mois de décembre, trois essais cliniques seront lancés dans des centres de prise en charge des malades d’Ebola en Afrique de l’Ouest. C’est ce que vient de révéler Médecins sans frontières sur son site Internet. Une annonce très attendue dans les circonstances dramatiques de l’épidémie de filovirus qui a déjà fait plus de 5 000 morts. Ces études visent à identifier rapidement un traitement efficace.

L’INSERM mènera une étude clinique sur l’antiviral favipiravir à Guéckédou, en Guinée. L’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers (IMT), de son côté, conduira une étude sur le traitement par plasma ou sang total de convalescents dans le centre Ebola de Donka, à Conakry en Guinée. Enfin, l’Université d’Oxford pilotera quant à elle, au nom du Consortium International des Infections Respiratoires Aiguës Sévères et Emergentes (ISARIC), une étude clinique sur l’antiviral brincidifovir dans un site qui reste encore à déterminer, et financée par le Wellcome Trust. L’objectif est de débuter ces essais cliniques courant décembre. Les premiers résultats pourraient être disponibles en février 2015.

Simplifiés par rapport à un essai clinique conventionnel, « tous les protocoles […] ont été conçus avec un objectif simple de survie à 14 jours, et avec de larges critères d’inclusion », indique MSF. « Ces études seront menées de manière à perturber le moins possible les soins aux patients, à respecter les normes éthiques et de bonne pratique médicale internationales, et à faire en sorte que les données scientifiques soient solides et partagées en tant que bien commun. »

Une expérience inédite

Ces essais constituent une première car ils sont menés « au cœur d’une crise humanitaire », souligne le Pr Peter Horby, investigateur principal de l’essai mené par l’ISARIC. Malgré les difficultés inhérentes à une telle expérience, « nous sommes déterminés à ne pas décevoir les populations d’Afrique de l’Ouest. C’est un privilège d’être témoin de l’extraordinaire volonté de tous les partenaires dans cette initiative : tous sont sortis de leur zone de confort pour accélérer ces essais, qui sont d’une importance cruciale », poursuit-il. Pour ce faire, « les risques que comporte l’administration d’un nouveau traitement seront expliqués clairement à chaque patient qui consentira à faire partie de l’essai. »

« Nous devons garder en mémoire qu’il n’existe pas de garantie que ces thérapies soient des traitements miracles », précise le Dr Annick Antierens de MSF. « Mais nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour essayer les produits disponibles aujourd’hui afin d’augmenter les chances de trouver un traitement efficace contre Ebola. »

Anticiper la production des traitements

Et les chercheurs comme les organisations intervenant sur le terrain misent beaucoup sur ces essais. Avec à l’esprit une possible réussite d’un des traitements testés, MSF « exhorte ceux qui développent ces médicaments à augmenter leur production, pour s’assurer qu’il n’y ait pas de délai entre la fin des essais et l’introduction des produits dont l’efficacité et l’innocuité auront été prouvés ». L’ONG demande aussi aux laboratoires de produire « des produits finis abordables et disponibles dans des quantités suffisantes pour lutter contre l’épidémie à son épicentre, en Afrique de l’Ouest ». En effet, « la distribution des produits devrait être dictée par les besoins des patients, quel que soit le lieu où ils vivent et la capacité des pays à payer. »

Le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) datant du mercredi 12 novembre fait état de 5 160 décès sur 14 098 cas. Si plus aucun cas n’est à déplorer au Nigeria et au Sénégal depuis plus de 42 jours, le Mali s’inquiète de la propagation du virus sur son sol. En effet, l’OMS y fait état de quatre cas, qui se sont tous soldés par la mort des malades.

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