Fin de vie : l’interminable débat autour de l’euthanasie…

[03 décembre 2008 - 13h59] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h31]

Dans son rapport remis hier au Premier ministre, le député-maire (UMP) d’Antibes, Jean Leonetti, s’oppose à toute légalisation de l’euthanasie.

Un avis partagé par la Société de Réanimation de Langue française. Le point avec son président, le Pr Bertrand Guidet, responsable du Pôle Urgence et Médecine d’aval généraliste à l’hôpital Saint-Antoine de Paris.
« Le rapport Leonetti insiste sur le caractère exceptionnel des demandes de suicide médicalement assisté », souligne-t-il d’emblée. Les demandes sont en effet exceptionnelles, ce qui ne les empêche pas d’être extrêmement médiatisées… « Ces deux caractéristiques ne doivent pas obscurcir le débat de fond, qui porte lui, sur la manière dont la gestion des fins de vie peut être optimisée. »

Il s’agit autrement dit de l’élargissement des soins palliatifs, dont il n’est pas inutile de rappeler la définition. « Dès lors qu’un patient ne répond plus aux traitements », explique le Pr Guidet, « nous sortons de la logique curative pour passer dans une logique de soins palliatifs. Ces derniers assurent alors, la prise en charge de la douleur et de la souffrance morale. » A l’exclusion de tout traitement à visée curative, potentiellement générateur d’effets secondaires.

C’est une démarche lourde. Car « les soins palliatifs requièrent des équipes pluridisciplinaires : médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, psychologues. » Ainsi que le plus souvent, des équipes d’intervenants bénévoles qu’il est néanmoins nécessaire de former et d’encadrer.

Le rapport Leonetti pour sa part, propose de développer l’offre actuelle de soins palliatifs. Objectif, un référent médical expert en soins palliatifs dans chaque région d’ici un an , et dans chaque département d’ici 2013. Il ambitionne également de mieux faire connaître la loi du 22 avril 2005, jugée « méconnue et mal appliquée. ». Une loi qui régit et codifie la limitation et l’arrêt des traitements actifs en fin de vie. « Deux cas de figure sont prévus par la loi », explique Bertrand Guidet. « S’il n’y a pas d’espoir thérapeutique, l’équipe médicale peut décider de ne pas initier de traitement de réanimation. Mais il est également possible d’arrêter un traitement qui avait été instauré. Il est bien sûr extrêmement fréquent, en réanimation, que l’on soit confronté à la gestion de fin de vie. Car il a été montré qu’en France, 50% des décès étaient précédés par la décision de limiter ou d’arrêter un traitement actif. »

Ce type de décision nécessite un consensus de l’équipe médicale, de l’équipe soignante et du patient, ainsi que de sa famille. « Elle doit être collégiale, transparente et requiert une vraie traçabilité. Au final donc, le Pr Guidet s’oppose à l’euthanasie. « C’est une réflexion sociétale entre un droit individuel et une responsabilité collective. Certains revendiquent un droit individuel. De notre côté nous pensons qu’il est nécessaire de réfléchir en termes de responsabilité collective. Et donc de se prémunir vis-à-vis de solutions qui paraissent satisfaisantes mais qui contiennent en elles-mêmes de gros risques de dérapages. »

Partager cet article