Une fumée blanche, une odeur de poivre qui prend à la gorge et au nez… Les débordements lors de certaines manifestations (comme celles que connaît la France actuellement), poussent les forces de l’ordre à utiliser des « agents anti-émeutes » (tels les gaz lacrymogènes) pour disperser les foules. Mais au-delà du larmoiement inhérent à l’usage de tels procédés, que sait-on de leurs effets sur la santé ? Eléments de réponse pour y voir plus clair.

Parmi les agents anti-émeutes, on trouve le Capsicum (OC), plus communément appelé poivre de Cayenne, le 2-chlorobenzylidène malonitrile (CS) ou gaz lacrymogène et le chloroacétophénone ou MACE (CN).

En France, les forces de l’ordre n’utilisent que le CS. Sa faible toxicité fait d’ailleurs de ce produit l’agent anti-émeute le plus utilisé à l’échelle internationale. Dans l’Hexagone, la concentration des dispositifs utilisés est de 1% à 2% de CS libérés par mètre cube d’air. « Ce qui est 2 600 fois inférieur à la concentration létale », indique l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) « Ce grand écart entre la concentration causant une irritation bénigne et celle causant des effets néfastes confère au CS une grande marge de sécurité. »

Toutefois, « le CS ne peut être considéré comme un produit sans risque », avertit l’INSPQ.

Irritation à court terme

Les effets irritants du CS pour les yeux ou les voies respiratoires surviennent rapidement (en moins de 10 à 30 secondes). Ils disparaissent entre 15 et 30 minutes après l’exposition.

Les premiers symptômes oculaires rencontrés lors d’une exposition au CS sont une sensation de brûlure et une irritation intenses et immédiates. Le tout accompagné de blépharospasme et de larmoiement. Une conjonctivite peut également survenir. Ces effets persistent jusqu’à 30 minutes ou plus suivant la fin de l’exposition. Une photophobie est souvent présente et elle peut persister pendant une heure. Tout comme une rougeur oculaire et un œdème périorbitaire. A noter que l’ensemble des effets oculaires est plus sévère chez les individus portant des lentilles cornéennes. « À des concentrations plus élevées (ce qui ne serait donc pas le cas de la France – ndlr), des brûlures chimiques accompagnées d’une kératite, d’une perte de l’épithélium cornéen et d’une diminution permanente de la sensation cornéenne peuvent être observées. »

Mais les yeux ne sont pas les seuls touchés. L’inhalation du CS entraîne aussi une sensation d’irritation importante du nez, de la gorge et des poumons. Sans oublier les éternuements, l’écoulement nasal et la toux. Ces premiers symptômes peuvent être suivis de maux de tête, de brûlures de la langue et de la bouche, d’une forte salivation…

Et ce n’est pas tout. Une exposition prolongée peut aussi prédisposer certains individus à des infections secondaires, comme un œdème pulmonaire. Toutefois, ces effets s’observent généralement lorsque les sujets ont eu à faire au produit de façon longue, dans un espace confiné ou lorsqu’ils souffrent d’une maladie pulmonaire pré-existante.

La peau n’est pas en reste. Une exposition cutanée engendre une sensation de brûlure, parfois suivie d’un érythème. Enfin, généralement, à la suite d’une exposition au CS, aucun effet gastro-intestinal n’est signalé. Mais un contact prolongé (à de fortes concentrations) pourrait provoquer une perte d’appétit, des nausées, une diarrhée…

Quels effets à long terme ?

D’après l’INSPQ, « il n’y a pas d’évidence significative que le CS soit cancérogène pour l’humain. Le CS ne fait pas partie de la liste d’évaluation des substances cancérogènes de l’International Agency for research on cancer. » Par ailleurs, « concernant la reproduction, il n’existe aucune preuve que le CS soit tératogène, ni lié à l’augmentation de l’incidence des avortements spontanés, des bébés mort-nés ou des anomalies congénitales ».

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