Grenelle des violences conjugales : l’alcool, bientôt une « circonstance aggravante » ?

[23 octobre 2019 - 14h13] [mis à jour le 23 octobre 2019 à 14h34]

L’alcool est un facteur majeur dans la survenue des violences conjugales. Et pourtant, il n’a pas été pris en compte dans le Grenelle contre les violences faites aux femmes. C’est ce que dénoncent dans une tribune des médecins et le Collectif des proches de malades alcooliques (CoPMA).

Le gouvernement envisage-t-il « d’objectiver et de déterminer le rôle avéré de l’alcool » dans le déclenchement des violences conjugales, grâce à l’analyse systématique du taux d’alcool ? Prévoit-il de considérer l’imprégnation alcoolique comme « circonstance aggravante dans le cadre de violences criminelles et délictuelles » ? Ces deux questions, posées début octobre au gouvernement par la députée LREM Audrey Dufeu Schubert, n’ont pas encore reçu de réponse.

Pourtant la question de l’alcool est cruciale ! Selon les médecins,  « l’analyse des morts violentes au sein du couple survenues en 2018 et plus particulièrement des 121 féminicides (survenus cette année-là, ndlr)*, montre que dans 55 % des cas, au moins l’un des deux, auteur ou victime, est sous l’emprise d’une substance ». Une situation connue des services de police, gendarmerie et justice, et des associations de terrain.

Risque de violences multiplié par trois

Concernant les effets de l’alcool, les médecins rappellent qu’il « altère les capacités d’autocontrôle, accroît la négativité, l’impulsivité, l’agressivité et diminue également les capacités de défense chez les victimes ».  Le risque de violences envers un partenaire intime est « multiplié par trois en cas d’abus ou de dépendance à l’alcool ou une autre drogue », selon une synthèse quantitative de 96 études indépendantes comprenant 80 000 participants.

Les spécialistes de l’addictologie insistent : même s’il n’est pas le seul facteur impliqué dans les violences faites aux femmes, l’alcool « représente une cause à la fois massive et sur laquelle les pouvoirs publics ont la possibilité d’agir dans le cadre d’un plan global de prévention des violences conjugales ». Parmi les mesures proposées : imposer un prix minimal de l’unité d’alcool, contrôler la publicité et le marketing, mais aussi les heures et lieux de vente. Ils demandent aussi un état des lieux complet des facteurs impliqués dans chaque cas de violences conjugales, pour mettre en place une aide médicale adaptée. « Et pourquoi pas une médiation familiale ? », suggère également le Collectif des proches de malades alcooliques.

*Un chiffre déjà dépassé en ce 23 octobre : 124 féminicides ont déjà été recensés depuis le 1er janvier.

A noter : les conclusions de la concertation du Grenelle contre les violences faites aux femmes doivent être annoncées le 25 novembre.

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