Hantavirus : ce que nous apprend l’étude d’une épidémie survenue avant le Covid-19

13 mai 2026

Super-propagation du virus, chaînes de transmission, contamination par les gouttelettes... en 2020, une étude sur une épidémie liée au virus Andes, l’hantavirus qui a sévi sur le navire de croisière MV Hondius, apportait alors de précieux enseignements sur la transmission interhumaine de ce virus.

Une enquête scientifique publiée en 2020 sur une épidémie d’hantavirus en Argentine fait aujourd’hui parler d’elle avec la crise sanitaire du MV Hondius. Elle était à l’époque passée quasi inaperçue, mais suscite aujourd’hui un vif intérêt. Et pour cause. L’étude publiée dans The New England Journal Of medicine en décembre 2020, en pleine pandémie de Covid-19, décrit une épidémie de syndrome pulmonaire causé par le virus Andes – également responsable de l’épidémie actuelle – dans un petit village d’Argentine entre 2018 et 2019. On le sait désormais, le virus Andes est le seul hantavirus connu qui présente une transmission interhumaine.

34 cas avaient alors été confirmés – 11 cas ont pour l’heure été identifiés parmi les passagers du paquebot de croisière -, 11 décès avaient été recensés. Il s’agissait alors de la plus importante transmission interhumaine depuis que le virus Andes avait été découvert. Les chercheurs et les autorités sanitaires locales avaient collaboré afin de reconstituer un tableau épidémiologique presque complet retraçant des événements de transmission spécifiques parmi les cas confirmés.

La nécessité de briser les chaînes de transmission

Les investigations avaient montré que les grands rassemblements sociaux et une forte charge virale chez les personnes infectées avaient favorisé la transmission interhumaine du virus Andes. Le patient zéro avait été contaminé par un animal, selon les chercheurs. Seules trois personnes symptomatiques avaient pu lancer l’épidémie lors d’événements sociaux. Après 18 cas confirmés, les autorités avaient imposé l’isolement des personnes infectées et des cas contacts. Des mesures qui avaient sans aucun doute permis de briser les chaînes de transmission, le taux de reproduction de la maladie (c’est-à-dire le nombre de cas secondaires causés par une personne infectée) était alors passé de 2,12 à 0,96.

Alors que la transmission interhumaine du virus Andes avait été décrite pour la première fois en 1996, les scientifiques ont mis au jours des similitudes génomiques frappantes entre les contaminés de 1996 et ceux de 2018-2019. « Comprendre quelles ‘signatures’ génomiques correspondent aux mécanismes nécessaires à la transmission interhumaine pourrait aider les scientifiques à développer de nouveaux traitements contre l’infection par le virus Andes », avançait en 2020 le communiqué relayant l’étude.

Une charge virale élevée et des lésions hépatiques, facteurs communs aux contaminateurs

Ce travail a également montré que des gouttelettes ou autres particules virales dans l’air avaient pu constituer la majorité des voies d’infection interhumaine. Comme ce qui est affirmé aujourd’hui, les symptômes apparaissaient entre 9 et 40 jours après l’infection. La fenêtre de contagion semblait étroite, survenant souvent dès le premier jour de fièvre.

Fait intéressant, les patients qui présentaient une charge virale élevée et des lésions hépatiques étaient les plus susceptibles de transmettre le virus. Mais aucun lien n’a pu être établi entre les personnes transmettant le virus et la gravité de la maladie. « Cette observation importante indique que, quelle que soit la gravité de la maladie, tous les cas de syndrome pulmonaire à hantavirus doivent être pris en charge de la même manière concernant leur potentiel de transmission virale, avait alors déclaré Gustavo Palacios, co-auteur principal de l’article et chef de la division de biologie moléculaire à l’USAMRIID (United States Army Medical Research Institute of Infectious Diseases, institut de recherche médicale sur les maladies infectieuses de l’armée américaine). De plus, nous devons réévaluer la menace que représente ce virus. L’absence de contre-mesures médicales existantes, son potentiel de super-propagation et son taux élevé de létalité doivent susciter des inquiétudes. »

Chez les patients atteints du syndrome pulmonaire à hantavirus, les scientifiques ont observé une réponse immunitaire dysfonctionnelle. « Nous espérons qu’en explorant davantage cette apparente dérégulation immunitaire, nous élargirons nos connaissances sur la manière dont différentes espèces d’hantavirus provoquent le syndrome pulmonaire à hantavirus, a déclaré le co-auteur Mariano Sanchez-Lockhart. Une meilleure compréhension de la façon dont notre système immunitaire combat l’infection par le virus Andes aidera certainement les cliniciens à mieux gérer les cas graves et ouvrira la voie à de nouvelles interventions thérapeutiques. »

  • Source : The new england journal of medicine

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet

Destination Santé
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous offrir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre quelles sections du site Web vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Plus d'informations sur notre politique de cookies sur nos CGU.

Aller à la barre d’outils