La douleur chronique en mal de médicaments

[04 novembre 2013 - 11h54] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h58]

Au cours des 15 dernières années, la prise en charge de la douleur chronique a progressé en France. Mais aujourd’hui, les professionnels de santé constatent un appauvrissement de l’arsenal thérapeutique pour soulager leurs patients.

Les médicaments à base de dextropropoxyphène ont d’abord été retirés du marché en mars 2011, pour des motifs auxquels la sécurité des patients ne trouve pas son compte. Des reports de prescriptions sur d’autres antalgiques comme le tramadol ont placé cette molécule sous surveillance étroite. Aujourd’hui, c’est l’intérêt de la morphine qui pourrait être remis en cause dans certaines indications. Dans le même temps de nouveaux antalgiques ne sont toujours pas disponibles en France alors qu’ils le sont pratiquement partout en Europe. Certains d’entre eux améliorent la qualité de vie des patients et diminuent les effets indésirables comme la constipation. Lesquels sont fréquents avec les opioïdes forts.

Plus de 7 millions de Français souffrent de douleurs chroniques. Pour les deux tiers de ces malades, elles sont synonymes d’invalidité. Leur retentissement est majeur, puisque 40% des patients subissent un préjudice professionnel. La douleur chronique dans un pays développé comme le nôtre, demeure un vrai handicap : 15% de perte d’emploi, 12% de modifications des responsabilités professionnelles, 12% de changements d’emploi et 18% de dépressions…

« La douleur chronique constitue un véritable handicap », indique le Dr Navez Malou, responsable du centre antidouleur du CHU de Saint-Etienne. « Elle impacte le système de santé ainsi que la vie sociale et professionnelle des patients ». La prise en charge de la douleur ne repose pas uniquement sur les médicaments mais leur utilisation est souvent indispensable au soulagement des patients. Mal prise en charge ou insuffisamment, la douleur retentit gravement sur la qualité de vie. Ses victimes souffrent à la fois physiquement, et psychologiquement. Elles se trouvent dans l’incapacité de travailler, de sortir, de s’amuser…

Des plans mais… moins de médicaments

De 1998 à 2010, trois plans gouvernementaux se sont succédés et ont permis d’améliorer la situation. En 2012, un nouveau programme a été annoncé par la ministre en charge de la santé, Marisol Touraine, mais depuis, plus rien. En juillet 2013 la DGOS (Direction Générale de l’Offre de Soins) annonçait que le programme d’actions « devrait être » publié en 2013. Les spécialistes et les patients sont aujourd’hui sceptiques sur son contenu.

« Ce nouveau programme non financé qui veut remettre à jour le parcours patient et l’implication à la fois des pharmaciens et des médecins généralistes est certes ambitieux mais un peu surréaliste », souligne le Dr Malou. « Penser qu’avec des outils comme les échelles de douleur, on va régler le problème est à mon sens illusoire. Diagnostiquer une douleur et ne pas avoir de possibilités pour la traiter me paraît délétère. La douleur reste une priorité de santé publique, mais les moyens ne sont pas mis en face ».

Par ailleurs, les craintes des pouvoirs publics concernant la sécurité du médicament mènent à un appauvrissement de l’offre thérapeutique antalgique. Conjuguée à une difficulté grandissante de l’accès au marché pour de nouveaux médicaments, cette situation place les patients souffrant de douleurs chroniques dans une situation de perte de chance. Les autorités de santé se doivent d’assurer le bon usage des médicaments, via notamment les Centres d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance (CEIP). Mais l’application du principe de précaution ne doit pas se faire au détriment du soulagement de patients douloureux chroniques.

Ecrit par : Emmanuel Ducreuzet – Edité par : David Picot

Partager cet article