Bilingue: deux langues maternelles, une chance dans la vie

[28 janvier 2014 - 14h10] [mis à jour le 30 janvier 2014 à 08h58]

Les nourrissons s’imprègnent de leur langue maternelle. Celle qu’utilisent leurs parents. Parfois, le père et la mère ne partagent pas la même. Résultat, l’enfant apprend deux voire trois ou quatre langues différentes. Une chance à coup sûr, dans la mesure où cette transmission se fait naturellement.

Parler français et anglais, espagnol ou russe est considéré aujourd’hui comme une chance et un atout dans la vie. Toutefois le bilinguisme n’a pas toujours eu si bonne presse. En particulier dans les familles immigrées originaires du Maghreb ou d’Asie, les parents pensaient aider leurs enfants à mieux s’intégrer en ne leur transmettant pas leur langue maternelle. « Grave erreur », selon le Pr Philippe Duverger, pédopsychiatre au CHU d’Angers. « Le bilinguisme n’est jamais un handicap, toujours une chance ».

Mais pour que la transmission se fasse dans les meilleures conditions, « parlez à votre enfant le plus naturellement possible », conseille-t-il. De toutes façons, « un enfant d’emblée baigné dans le bilinguisme ne sait même pas qu’il pratique deux langues… » La preuve, « les petits bilingues jouent spontanément avec les mots avec une grande agilité. »

La langue, un repère affectif et culturel

« Si c’est artificiel, l’enfant n’en comprend pas le sens et ne l’intègre pas dans sa réalité », poursuit le Pr Duverger. Cela ne sert donc à rien de parler anglais à votre enfant si cette langue ne vous est pas naturelle. En effet, « comment réussir à enseigner une langue avec sa part d’émotionnel et d’affectif lorsque ce n’est pas spontané ? » Par conséquent, inutile de penser faire de vos enfants des petits bilingues si la seconde langue n’a aucune valeur affective dans votre entourage. Si le bilinguisme n’est qu’une construction intellectuelle, la transmission ne fera pas…

« Une langue ne vit que dans la mesure où on la parle avec quelqu’un », explique-t-il. Par exemple, « cette petite fille francophone qui parle régulièrement en chinois avec ses grands parents restés en Chine. » Les enfants bilingues savent d’ailleurs spontanément quelle langue utiliser en fonction de leur interlocuteur. Une aisance parfois stupéfiante chez de très jeunes enfants !

De plus, avec une langue vient également toute une culture et des repères. « Lorsqu’un enfant naît dans un environnement bilingue, il construit naturellement ses repères linguistiques et affectifs autour de deux (ou plusieurs) langues », ajoute le Pr Duverger. Et dans ce cas, « c’est une véritable richesse. » Il apprend tout simplement, comme il le ferait avec une seule langue, à « organiser sa pensée, structurer son univers et ses émotions dans ses langues. »

Si vous êtes dans ce cas, « soyez naturels ! Parlez à votre enfant, dès la naissance, dans votre langue maternelle, celle que vous maîtrisez». Vous offrirez ainsi à votre petit toutes les nuances du langage, lui permettant de s’ouvrir au monde. Enfin, « n’angoissez pas si votre enfant met un peu de temps à parler », insiste Philippe Duverger. « Le bilinguisme n’est jamais la cause de difficultés éventuelles. » Il est toujours une richesse !

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