Le premier médicament contre l’éjaculation précoce

[22 mai 2013 - 11h11] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h56]

Les spécialistes qualifie d’éjaculation prématurée toute éjaculation qui survient moins de cinq minutes après la pénétration. ©Phovoir

Depuis le mois de mai 2013, la dapoxétine, commercialisée en France sous le nom de Priligy® par le laboratoire Menarini, constitue le tout premier médicament pour traiter l’éjaculation précoce. Son autorisation de mise sur le marché (AMM) fait déjà l’objet de vives critiques. Mais certains spécialistes, comme le Dr Béatrice Cuzin, estiment toutefois qu’il s’agit « d’une avancée ».

La dapoxétine appartient à une famille d’antidépresseurs appelée les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS). Ce médicament est indiqué depuis ce mois de mai pour les hommes qui se plaignent d’un délai d’éjaculation trop court. En France, le laboratoire distributeur a précédé cette autorisation d’une campagne d’information sur le sujet intitulée : « garder le contrôle ». Associée à une vidéo montrant un couple d’allumettes dont l’une s’enflamme trop vite, cette campagne a permis de faire le buzz sur l’arrivée de ce nouveau traitement.

Or, la revue Prescrire dénonce une balance bénéfices/risques défavorable. Ce médicament « apporte peu de progrès notables », estiment ses rédacteurs. Il « expose aux effets indésirables des IRS, dont des troubles digestifs et neuropsychiques, des syndromes sérotoninergiques et des troubles de l’humeur », poursuivent-ils. Selon eux, « les autorités de santé de l’Union européenne auraient mieux fait de refuser [cette] AMM ».

Libérer la parole des patients

Pourtant, selon le Dr Béatrice Cuzin, il s’agit bien « d’une avancée » pour les nombreux hommes qui souffrent d’éjaculation précoce. D’une part, « c’est une porte ouverte pour les patients qui n’osent pas en parler à leur médecin. Il peut les mener vers une prise en charge psychothérapeutique », estime-t-elle. Et d’autre part, sa durée d’action étant courte, l’effet de sevrage, qui se manifeste lors d’un arrêt trop brutal, serait moins marqué.

De plus, « cette AMM permettra d’encadrer l’utilisation – hors-AMM – de certains autres antidépresseurs dans cette indication », ajoute Béatrice Cuzin. Dans tous les cas, « sa prescription devra être intelligente et bien comprise. Il n’existe pas de médicament au risque zéro et il n’est question de banaliser aucune molécule ». Enfin, « même les patients se voyant prescrire ce traitement devraient tous suivre une thérapie psycho-comportementale », conclut-elle.

Ecrit par : Dominique Salomon – Edité par : Emmanuel Ducreuzet

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