Le syndicat national des gynécologues menace de ne plus pratiquer l’IVG

[13 mars 2019 - 17h16] [mis à jour le 13 mars 2019 à 17h23]

Le Syngof menace d’appeler ses membres à ne plus pratiquer l’IVG. La raison ? Le fait que le fonds de garantie assurantiel ne couvre pas les frais des condamnations pour sinistres graves déclarés entre 2002 et 2012. Et surtout que la ministre refuse de recevoir ses représentants. Le Conseil de l’Ordre des Médecins condamne fermement.

« C’est une provocation très claire », assume le Dr Jean Marty, ex-président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof) concernant la menace émise par ce syndicat de gynécologues. Dans un courrier publié sur les réseaux sociaux, le syndicat de gynécologues communique à ses membres qu’ils doivent « être prêts à recevoir l’ordre d’arrêter les interruptions volontaires de grossesse (IVG) si la ministre ne les reçoit pas ».

Quelles sont les revendications du syndicat ?

« Le fonds de garantie créé en 2012 pour couvrir les trous de garantie des assurances qui sont plafonnées ne concerne pas la période entre 2002 et 2012 », explique le Dr Marty. Or « une quinzaine de gynécologues n’ont pas de couverture pour la part de leur condamnation (dans le cadre de sinistres graves liés à la pratique de leur profession ndlr) qui dépasse le plafond », indique la lettre publiée par le Syngof sur les réseaux sociaux. Or parfois « les sommes peuvent atteindre des 10 -12 millions d’euros », poursuit Jean Marty. Et « alors que le ministère nous avait promis de régler le problème avec la loi de santé, il nous a annoncé que celui-ci serait traité à la fin de l’année », précise-t-il.

Quel rapport avec l’IVG ?

Aucun ! A part que « l’IVG fait partie de notre métier. Si ça continue comme ça, nous ne pourrons plus faire notre métier, donc nous ne feront plus d’IVG », explique Jean Marty. « C’est une provocation très claire pour réveiller tout le monde sur cet aspect de responsabilité alors que ça n’intéressait personne. » Résultat ? « Aujourd’hui tout le monde réagit, le Conseil de l’Ordre s’indigne, tout s’anime », se réjouit-il. « C’était notre objectif. » Et en effet, le sujet est médiatisé.

Mais le Conseil de l’Ordre des médecins « condamne fermement, au nom de la déontologie, l’expression d’une telle menace mettant en cause les droits des femmes et portant atteinte à l’indépendance des professionnels, qu’aucun conflit avec les autorités ne saurait justifier ». La mettre à exécution serait « un acte inexplicable et injustifiable, aux conséquences potentiellement dramatiques ».

Le ministère condamne également ces menaces. La ministre Agnès Buzyn « insiste sur le fait qu’en aucun cas une telle prise en otage des femmes ne peut servir de levier de négociation ou de médiatisation de ce dossier que le ministère suit de très près ».

Le Syngof est-il prêt à mettre la menace à exécution ?

« Ce sont les membres du syndicat qui décideront », conclut le Dr Marty.

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