Accueil » Santé Publique » Les professionnels de la vue, les yeux hors de la tête !
Roselyne Bachelot-Narquin en « posant la question» (sic) d’une prise en charge intégrale des frais d’optique par les mutuelles et complémentaires de santé, a certainement poussé le bouchon… plus loin que prévu. En première ligne, le président du Syndicat national des Ophtalmologistes de France (SNOF) qualifie la sortie de la ministre de « nulle et extrêmement maladroite ». Ambiance…
A 24 heures d’Etats généraux de la Vue convoqués à l’Académie nationale de Médecine, le tollé est général. « Nous sommes bien évidement favorables à une meilleure organisation de l’accès aux soins de la vue. Mais pas de cette manière » tonne le président du SNOF Jean-Luc Seegmuller. Or il doit justement présenter aux Etats généraux « les grands enjeux de santé publique » de l’ophtalmologie : glaucome, DMLA, cataracte, rétinopathie diabétique, décollement de la rétine, maladies infantiles… autant de domaines où la « démédicalisation » de la prise en charge est utopique.
« En avril 2007 nous avons accepté la publication de deux décrets visant à faciliter l’accès des assurés sociaux au renouvellement de leur équipement optique ». Ces décrets allongeaient à 3 ans la validité des ordonnances de verres correcteurs. « Le système se mettait lentement et difficilement en place lorsqu’un an plus tard, la ministre dans un élan généreux, balaye tout à la télévision. Sans aucune concertation » se désole Jean-Luc Seegmuller.
Quant aux 150 millions d’euros d’économie avancés par la ministre de la Santé pour justifier un désengagement de l’Assurance-maladie… il n’y croit pas un instant. « Madame Bachelot sait très bien que les économies ne seront pas de 150 millions d’euros. Car les premiers bénéficiaires d’une prise en charge sont justement les enfants » (dont la prise en charge peut être 10 fois supérieure à celle des adultes, n.d.l.r.) « et les bénéficiaires de la CMU. Or pour ces derniers, les lunettes sont gratuites. Donc, des exceptions devront être mises en place pour aider ces populations. ».
Jean-Luc Seegmuller n’est pas seul. Derrière lui -et vraiment pas loin- sont massés les membres de l’Association nationale pour l’Amélioration de la Vue (ASNAV). Eux aussi brocardent un projet « qui ne serait pas seulement injuste, mais aussi une erreur économique et sociale ». Sous le titre évocateur de « Bien voir c’est obligatoire », ils mettent en ligne un « manifeste » qui va donner au débat lancé par Roselyne Bachelot-Narquin un prolongement sans doute animé.

Source : interview du Dr Jean-Luc Seegmuller, président du Syndicat national des Ophtalmologistes de France (SNOF), 15 avril 2008 ; Association nationale pour l’Amélioration de la Vue (ASNAV) 15 avril 2008
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