Louise, Amandine… 34 ans de FIV et d’aventure humaine !

[23 février 2012 - 16h32] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h50]

Ce vendredi sera un grand jour pour Amandine. Le premier Bébé éprouvette français en effet, célèbrera ce jour-là son 30e anniversaire ! Si les Français se souviennent de cette première nationale, une autre naissance avait pris le monde entier par surprise, trois ans plus tôt. Une petite Britannique, Louise Brown, était en effet née en 1978. De l’insémination artificielle à la congélation d’embryon, en passant par la fécondation in vitro (FIV), le Dr Jacqueline Mandelbaum retrace pour l’Agence de Presse Destination Santé, l’histoire de la Procréation médicalement assistée (PMA).

« Le début de cette histoire est ancien. Il remonte à la fin du 19e siècle, lorsqu’un gynécologue viennois récupérait les embryons dans l’utérus ou les trompes », raconte le Dr Mandelbaum. Biologiste de la reproduction, membre du Conseil d’orientation de l’Agence de la Biomédecine, Jacqueline Mandelbaum est donc aussi, un peu historienne… « Les premiers essais de fécondation in vitro auront lieu dans les années 1940 », poursuit-elle. En 1944 des gynécologues américains, John Rock et Miriam Menkin, prélèvent des ovocytes en per-opératoire et tentent de les inséminer in vitro. Sans succès. La première FIV réussie chez un mammifère, le lapin, le sera par le Français Charles Thibault. Un succès incomplet toutefois. La fécondation sera en effet réussie… mais n’aboutira pas à la naissance de petits lapins. En 1959, le sino-américain Chang y parviendra.

« A partir de ce moment-là, tout est étudié. Les conditions nécessaires pour la préparation des spermatozoïdes, pour obtenir des ovocytes matures et fécondables, les délais nécessaires au développement des embryons, le type de milieu idéal… », souligne Jacqueline Mandelbaum. En 1970, Robert Edwards, un chercheur britannique qui recevra le Prix Nobel en 2010, associé à Patrick Steptoe, fait avancer la recherche vers la FIV chez l’humain. Pour la première fois des ovocytes sont prélevés par cœlioscopie. « A l’époque, la stérilité était majoritairement d’origine tubaire (par obstruction des trompes, n.d.l.r.). Elle pouvait être liée aux complications d’infections sexuellement transmissibles (IST), ou consécutive à une interruption volontaire de grossesse (IVG) réalisée dans des conditions peu sécurisées », explique-t-elle. La FIV en fait, est apparue en réponse à ces infertilités, qui avaient pris la dimension d’un problème de santé publique.

La FIV appliquée à l’humain

Après huit ans de travaux et de tentatives infructueuses, Bob Edwards et Patrick Steptoe parviennent enfin au terme de leurs efforts. Le 21 juillet 1978 naît Louise Brown, le tout premier nouveau-né humain conçu dans une éprouvette. « Cela fut un coup de tonnerre. Le monde a su alors, que c’était possible ! », s’enthousiasme Jacqueline Mandelbaum. Elle-même alors s’attachait à réussir la première FIV française, avec Michèle Plachot à l’hôpital Necker de Paris. L’équipe collaborait avec Jean Cohen et Jacques Salat-Baroux, dans cette union obligatoire de biologistes et de cliniciens qu’impose la technique de fécondation « extracorporelle ». « C’est finalement René Frydman et Jacques Testart, à Clamart, qui ont gagné cette course », nous dit-elle. Le 24 février 1982 en effet, la petite Amandine qui fêtera vendredi ses 30 ans, venait au monde…

Louise Brown et Amandine sont nées grâce à une FIV réalisée en suivant le cycle spontané de leurs mères. En d’autres termes, aucune stimulation ovarienne n’avait été mise en place. « C’était extrêmement complexe, car il fallait pratiquer une surveillance pluriquotidienne des dosages hormonaux pour prélever l’ovocyte au moment le plus propice », se souvient Jacqueline Mandelbaum. Aujourd’hui, le traitement par gonadotrophine facilite la FIV.

Les techniques se sont ensuite affinées. Et en 1992, une équipe belge a mis au point l’injection directe du spermatozoïde dans le cytoplasme de l’ovocyte (ICSI). « Cette méthode a révolutionné le traitement de l’infertilité masculine, dont la fréquence ne fait qu’augmenter », poursuit-elle.

Entre 2 et 3 millions de naissances par FIV

Aujourd’hui, en France, 20 000 enfants environ naissent chaque année grâce à la PMA. Dans le monde le nombre de ces naissances est estimé, à ce jour, entre 2 et 3 millions… « La congélation d’embryons a beaucoup apporté au traitement de la stérilité, celle des ovocytes demeurait inefficace. La vitrification (congélation rapide n.d.l.r.) qui est autorisée en France depuis juillet dernier, devrait résoudre ce problème et offrir encore d’autres perspectives aux couples infertiles », souligne Jacqueline Mandelbaum. « La maturation in vitro d’ovocytes permettrait de se passer des traitements de stimulation, si elle devenait réellement efficace. Cela réduirait les coûts, tout en simplifiant le processus ». D’autant que la PMA reste encore « une galère, avec des traitements longs, de nombreuses consultations souvent difficiles à supporter pour les couples. Sans pour autant avoir la certitude de devenir parents ».

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