Accueil » Santé Publique » Pandémie (A) H1N1 : l’OMS en butte à la question des conflits d’intérêts

Réalisé conjointement par la Rédaction du BMJ et le Bureau of Investigative Journalism, ce travail accessible en ligne formule des critiques très argumentées sur la gestion de crise menée à Genève depuis un an. Il conteste également le fait que la composition du Comité d’urgence chargé d’assister la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, dans la gestion de cette crise, ait été gardée confidentielle. « Notre enquête a permis d’identifier des scientifiques (qui ont joué un rôle) clé dans la gestion de cette crise par l’OMS. Certains avaient des intérêts communs avec des groupes pharmaceutiques qui pouvaient tirer bénéfice des directives qu’ils étaient chargés de préparer. »
Ce n’est pas la première fois que des critiques sont formulées contre l’existence d’un « Comité secret ». Et les protestations officielles de l’OMS, clamant que cette confidentialité visait « à garantir leur indépendance » n’ont pas convaincu les observateurs habituels de l’Organisation.
Fait peu habituel, le Dr Margaret Chan a publié aujourd’hui une lettre ouverte à la Rédaction du BMJ réfutant point par point les analyses de notre confrère. Elle y souligne que « le bon journalisme d’investigation pointe du doigt les problèmes et leurs conséquences possibles et montre la nécessité de prendre des mesures correctrices ». Mais elle affirme sans ambages que « à aucun moment, pas une seconde, les intérêts commerciaux n’interviennent dans ma prise de décision ».
Personnalité mondialement reconnue, particulièrement pour son rôle majeur dans la réponse à la flambée de SRAS à Hong Kong, Margaret Chan mène également sa politique avec détermination. Ainsi réaffirme-t-elle « concernant les membres du Comité d’urgence qui ont conseillé l’OMS, (que) leurs noms seront publiés lorsque le Comité aura terminé ses travaux. Notre décision de ne pas rendre ces noms publics était motivée par la volonté de protéger ces experts d’influences commerciales ou autres. Les membres eux-mêmes se sont félicités de cette décision, considérée comme une mesure de protection et non comme une tentative de garder secrètes leurs délibérations et leurs décisions ».
Cette réponse frontale est peu habituelle dans l’univers des Nations-Unies. Il est peu probable qu’elle entraîne la conviction, tant les contestations sur ce terrain de la transparence, se multiplient aujourd’hui. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe doit se faire entendre prochainement sur ce sujet. Et selon nos informations, la Commission sénatoriale d’enquête diligentée par la Haute Assemblée française, s’y intéresse également de près…

Source : BMJ 2010 ;340 :c2912; OMS, 8 juin 2010
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