Accueil » Santé Publique » Péril pour la biodiversité, menace pour la recherche médicale…

Les anticancéreux de demain, les antibiotiques de nouvelle génération et autres traitements innovants contre l’ostéoporose sont menacés. D’après un rapport des Nations Unies, les coups de boutoir à la diversité biologique pourraient entraîner la disparition de nombreuses formes de vie terrestre et marine. Des formes qui, au-delà de leur intérêt environnemental, ont aussi un intérêt… médical.
Initialement prévue hier, la publication officielle du rapport Sustaining Life –Encourager la vie en français- a été repoussée au mois de juin. Mais le résumé qui en est publié sur le site internet du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) donne froid dans le dos…
Un centaine d’experts du monde entier y ont en effet identifié les pertes pour la médecine, qui seraient consécutives au déclin de la biodiversité. Illustration avec les grenouilles à incubation gastrique, les très méconnues Rheobatrachus.
Elles ont été découvertes dans les années 80, dans la forêt vierge australienne. Ces amphibiens faisaient incuber leurs œufs dans leur propre estomac ! Une vraie rareté puisque chez tous les autres animaux, ils auraient été digérés par les enzymes et les acides.
Une espèce disparaît, un espoir thérapeutique s’effondre…
Ces grenouilles avaient naturellement attiré l’attention des scientifiques. Ils étaient en effet convaincus qu’elles permettraient d’avancer dans la prévention et/ou le traitement de l’ulcère gastro-duodénal, qui frappe 25 millions de personnes chaque année aux Etats-Unis et 80 000 en France. Des études préliminaires ont d’ailleurs montré que les bébés grenouilles produisaient une ou plusieurs substances inhibant la sécrétion d’enzymes, et empêchant la mère de vider son estomac dans l’intestin. « Mais ces études n’ont pu être poursuivies » expliquent Eric Chivian et Aaron Berstein, chercheurs à l’Université de Harvard et principaux auteurs du rapport. « Les deux espèces de Rheobatrachus ont en effet disparu, emportant pour toujours leurs importants secrets, si utiles pour la médecine ».
Les exemples de ce type ne manquent pas. Beaucoup concernent les amphibiens, dont un tiers des 6 000 espèces connues sont menacées d’extinction. Certaines substances utilisées actuellement dans des études scientifiques ne sont produites que par ces animaux. Comme les « alcaloïdes, secrétées par les grenouilles venimeuses d’Equateur et qui pourraient être à l’origine de nouveaux antalgiques ».
Idem pour les requins, dont de nombreuses espèces sont menacées. Des études sont par exemple en cours pour étudier si la squalamine -une substance abondante dans leur foie- peut traiter la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). « Tout cela pourrait être perdu si le monde ne réussit pas à inverser la tendance rapide de la perte de biodiversité », concluent les scientifiques.

Source : Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), 23 avril 2008
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