Depuis des décennies, les indicateurs de l’Ouganda sur la mortalité et la morbidité maternelles et infantiles restent élevés. C’est pourquoi, dès 2001, le ministère de la Santé met en œuvre la stratégie « Village Health Team » (VHT). Objectif, veiller à ce que chaque village – même les plus reculés – puisse fournir à ses habitants des informations pratiques concernant notamment la vie sexuelle, la vaccination… Alors, depuis 15 ans, cette politique porte-t-elle ses fruits ? Reportage.

A une heure et demie à l’ouest de Kampala (capitale de l’Ouganda), dans le district de Mubende, se trouve le village de Ggambwa. C’est là que l’une des actions des VHT a été mise en place. Au milieu des bananiers, quelques cahutes ont vu le jour. Devant une guérite, en marge des habitations, sont posés quelques bancs et chaises en plastique. La chaleur sans doute, mais plus sûrement l’absence de bâtiments suffisamment spacieux encourage à organiser la réunion à l’extérieur.

Enseigner la contraception

Les sièges sont rapidement investis par une dizaine de femmes en quête d’information. Des femmes et… un seul homme. Margaret, 35 ans, est membre des VHT. Comme chacun des acteurs de ces « Villages de santé », elle est bénévole et a été choisie (et formée) parmi les membres de la communauté.

Aujourd’hui, elle est venue parler du Planning familial. Préservatif, pilule, implant… la contraception, les participantes connaissent. Du moins en théorie, car en pratique seule une sur trois l’utilise. Et encore, bien souvent de façon empirique, en comptant les jours à l’aide d’un « collier contraceptif ». Chaque perle y représente un seul jour du cycle menstruel. Et les différentes couleurs du collier sont censées aider à mieux suivre ce cycle.

Margaret décrit tout en détail. On parle vasectomie, ligature des trompes… L’assemblée sourit, s’interroge… Concernant le stérilet par exemple, les questions fusent : « n’est ce pas contre nature de ne plus saigner ? ». Margaret tente de les rassurer.

Dans l’assistance, Florence, 44 ans, mariée, 4 enfants, se montre particulièrement curieuse. Les méthodes contraceptives, elle les comprend. Contrairement à pas mal de ses contemporaines, elle n’a pas opté pour une méthode « ancestrale ». Non. Elle s’est tournée vers un contraceptif injectable. Tous les 3 mois, les membres du VHT l’accompagnent dans sa démarche.

Un manque d’éducation

Une démarche qui relève pourtant de la clandestinité et qui ne serait sans doute pas du goût de tout le monde dans le village. « Je n’ai pas demandé la permission à mon mari », nous précise-t-elle. « Lui, voit d’un très mauvais œil le planning familial. Il veut toujours plus d’enfants». Et à la question « S’il découvrait que vous êtes sous contraception, quelle serait sa réaction ? », la réponse ne laisse que peu de place à l’imagination : « Mon Dieu, je n’ose l’imaginer! ».

Si elle nous affirme ne pas subir de pression de la part de certains membres du village, Margaret insiste : « ceux qui ont un problème avec le planning familial sont ceux qui ne sont pas allés à l’école ».

L’éducation, voilà la clé. Et de retour à Kampala, le constat ne fait que se confirmer. Dans une réunion similaire, à 4 km de la capitale, le public n’est pas tout à fait le même. Lettrés, certains parlent même plusieurs langues. Nous y rencontrons Francina, 40 ans, elle aussi mariée et mère de 4 enfants. Mais contrairement à Florence, elle est venue à la réunion avec son mari. Côté descendance, le couple compte bien s’arrêter là. Ils ont en effet décidé « ensemble » de recourir à une contraception définitive. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est monsieur qui s’y colle puisqu’il a accepté de subir une vasectomie.

Des résultats concrets ?

En 2014, la population de l’Ouganda s’élevait à 38,8 millions d’habitants, soit un taux de croissance démographique annuel de 3,4%. Et 48% de la population ougandaise avait moins de 15 ans. Pour autant, l’action des 2 000 VHT mis en place commence à porter ses fruits. Nous avons pu le constater, les femmes sont de plus en plus sensibilisées à la contraception. Les chiffres en témoignent : le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 7,1 en 1990 à 5,8 enfants aujourd’hui.

Si ces efforts d’investissement importants en matière de santé (notamment de reproduction) devaient perdurer, il est fort probable que les niveaux de fécondité pourraient continuer à baisser de façon significative. Les enfants – avec de meilleures bases en matière de santé – en seraient les premiers bénéficiaires.

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