Accueil » Santé Publique » Savons, sprays, gels… Certains antibactériens pourraient favoriser la résistance antimicrobienne
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Les antimicrobiens – comme les antibiotiques, les antiviraux, les antifongiques et les antiparasitaires – sont des médicaments utilisés pour prévenir et traiter les infections chez les êtres humains, les animaux et les végétaux.
Au fil du temps, ces bactéries et autres virus peuvent devenir résistants aux antimicrobiens. Ils ne réagissent plus aux médicaments, rendant plus difficile le traitement des infections et augmentant le risque de propagation des maladies et de décès. Ainsi, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) classe-t-elle la résistance aux antimicrobiens comme l’une des 10 plus grandes menaces pour la santé publique mondiale.
Jusqu’à présent, la plupart des efforts pour lutter contre cette résistance se sont concentrés sur la réduction de l’usage excessif d’antibiotiques en médecine et en agriculture. Mais de nouvelles recherches menées par des scientifiques d’Amérique du Nord, du Sud et de Suisse montrent que nos produits ménagers peuvent également jouer un rôle crucial dans ce phénomène.
Les chercheurs mettent en lumière que certains agents chimiques, appelés biocides — comme les composés d’ammonium quaternaire et le chloroxylenol — sont largement utilisés dans des produits courants : savons antibactériens, lingettes désinfectantes, sprays, détergents, textiles, plastiques, et produits de soins personnels. Leur utilisation a explosé pendant la pandémie de Covid-19 et reste élevée aujourd’hui.
Or, ces substances, qui n’apportent pas de bénéfice supplémentaire lorsque l’on se lave simplement les mains avec de l’eau et du savon, entraînent en réalité la résistance bactérienne. Des études en laboratoire et dans la vie réelle montrent que ces produits chimiques, rejetés dans l’environnement, permettent des modifications génétiques durables chez les bactéries, leur permettant de survivre.
À terme, ces modifications peuvent permettre aux souches résistantes de devenir dominantes. Il en résulte la propagation de gènes de résistance aux antibiotiques qui menacent l’efficacité de ces derniers au moment où nous en avons le plus besoin.
Alors que les autorités sanitaires mondiales, comme la Food and Drug Administration (FDA), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), ou encore l’OMS, recommandent déjà de privilégier le lavage des mains avec de l’eau et du savon classique, plutôt que des savons antibactériens, les auteurs de ce travail appellent l’OMS et ses partenaires à intégrer la question des biocides dans le prochain Plan mondial d’action contre la résistance aux antimicrobiens. Ils leur réclament de fixer des objectifs précis pour réduire leur usage dans les produits de consommation courante.

Source : https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acs.est.5c17673

Ecrit par : Vincent Roche – Edité par : Emmanuel Ducreuzet
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