Science : les chercheuses discriminées en raison de leur sexe

[04 avril 2017 - 12h52] [mis à jour le 04 avril 2017 à 13h03]

Malgré les progrès en matière d’égalité entre les sexes, la discrimination des femmes se retrouve partout dans la société. La preuve cette fois dans le monde élitiste des sciences. Une équipe internationale a montré à quel point les femmes sont sous-représentées dans le mécanisme de révision des publications scientifiques.

Afin d’être validé et par la suite publié dans une revue scientifique, tout article doit être approuvé par des chercheurs indépendants. « Ceux-ci sont évidemment censés être sélectionnés en fonction de leurs compétences et non pas de leur sexe », rappellent les auteurs de ce travail*. Or en étudiant la question du genre de ces examinateurs, ils ont fait un constat pour le moins décevant. « Les femmes scientifiques, déjà minoritaires dans leur domaine, sont sous sélectionnées pour la révision de papiers. »

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont scruté une série de 41 000 publications dans différents domaines (science, santé, ingénierie, sciences sociales), parues entre 2007 et 2015, et une base de 43 000 examinateurs.

Quelle en est la cause ? Non la sous représentation féminine n’est pas uniquement due au fait qu’elles sont peu nombreuses dans ces domaines de recherche. En fait, « elles sont moins sollicitées en tant qu’examinatrices que l’on pourrait s’y attendre statistiquement ». La vraie raison est effrayante : une « tendance naturelle et inconsciente qu’ont les éditeurs, majoritairement masculins, à sélectionner quelqu’un de leur sexe ». Une tendance qui porte un nom : l’homophilie.

« La pratique se manifeste différemment selon les sexes », soulignent les auteurs. Car ce comportement ne concerne pas que les hommes. S’il est largement répandu chez ces derniers (plus de 50% des individus), il est aussi pratiqué par les éditrices. Lesquelles sont 10% à mettre en œuvre cette discrimination de façon extrême, refusant systématiquement les relectrices.

« Même en présence d’une politique paritaire, où hommes et femmes seraient également représentés, ce biais homophile peut persister », estiment les auteurs. « Le véritable enjeu serait donc de parvenir à modifier les comportements. » Les auteurs de l’étude proposent des outils, comme des tableaux qui s’afficheraient lors de la mise en ligne d’épreuves, rappelant les chiffres du sexisme. Peut-être que l’éducation des filles et des garçons dès le plus jeune âge à une vision égalitaire entre les sexes serait une piste intéressante.

*CNRS à l’Institut de neurosciences des systèmes (Inserm/AMU) et des chercheurs de Yale et de l’Institut Max Planck (Allemagne)

Partager cet article