Syndrome collectif inexpliqué : comment l’anxiété collective provoque une épidémie

24 mars 2026

Santé publique France publie dans son dernier bulletin épidémiologique un article sur un syndrome collectif inexpliqué survenu dans un foyer d’accueil médicalisé dans l’Orne en 2022. Déclencheur initial, réactions psychosomatiques… un véritable cas d’école !

Le syndrome collectif inexpliqué (SCI) désigne l’apparition simultanée, au sein d’un groupe de personnes partageant un environnement commun des symptômes similaires sans qu’aucune cause ne soit clairement mise en évidence. Dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire du mardi 24 mars, Santé publique France publie une étude sur un cas récent de SCI qui a nécessité l’évacuation d’un bâtiment.

Le 18 janvier 2022, Santé publique France est alertée par l’Agence régionale de santé (ARS) Normandie d’une situation d’urgence dans un foyer d’accueil médicalisé (FAM), regroupant des adultes atteints de troubles du spectre autistique (TSA). Des symptômes oculaires et cutanés inexpliqués avaient touché des résidents et des membres du personnel de certaines unités du foyer, entraînant plusieurs interventions des pompiers, de la Structure mobile d’urgence et de réanimation (Smur) et de la police. Trois épisodes distincts ont eu lieu entre le 14 et le 19 janvier dans deux unités du bâtiment, menant à l’évacuation partielle puis complète du foyer le 19 janvier. Une enquête, dont les résultats sont analysés dans l’étude de Santé publique France, avait alors été ouverte.

L’enquête a présenté trois volets distincts, épidémiologique, clinique et environnementale (température, hygrométrie, recherche de polluants chimiques et microbiologiques – bactéries, levures, moisissures). Au totale sur les 27 personnes interrogées, 17 ont présenté des signes cliniques, 9 professionnels et 8 résidents.

Quel a été le déroulé des événements ?

Un cas isolé d’érythème cervical, survenu le jeudi 13 janvier chez un résident de l’unité 1 a été rapporté. Distinct des épisodes suivants, cet événement a suscité une inquiétude parmi le personnel. Le vendredi 14 janvier 2022, il a été constaté chez une autre résidente de l’unité 1 des yeux rouges, gonflés et larmoyants avec des plaques rouges sous les yeux. Dans la même journée 4 autres résidents ont présenté une symptomatologie oculaire similaire. Le personnel a alors contacté les secours qui sont intervenus sur place (Smur, sapeurs-pompiers et police). Un diagnostic de conjonctivites allergiques a été posé. En soirée, face à l’aggravation des symptômes, 2 résidents ont été conduits aux urgences. L’établissement a alors décidé d’évacuer l’unité 1 pour l’aérer durant le week-end.

Le lundi 17 janvier, après la réouverture de l’unité, des symptômes oculaires ont à nouveau été trouvés chez les résidents. Un peu plus tard, des irritations oculaires sont survenues chez les professionnels. L’établissement a procédé à une nouvelle évacuation de l’unité. A nouveau aucun produit toxique, chimique et des champignons n’ont été retrouvés. Environ trois heures après la réintégration de l’unité 1, des symptômes similaires sont apparus chez 6 professionnels. Nouvelle évacuation vers l’unité 2. Le mercredi 19 janvier, ce sont deux résidents et un professionnel qui ont présenté les symptômes, cette fois dans l’unité 2. Après le départ des secours, qui n’ont pas constaté de nouveaux éléments, l’établissement a été évacué vers un autre site d’accueil.

Une symptomatologie en réaction à la forte inquiétude ambiante

L’enquête a commencé le 21 janvier 2022 et s’est terminée le 21 février, en même temps qu’une réintégration des locaux. « Les résidents présentaient des manifestations oculaires objectivables, tandis que les professionnels décrivaient des symptômes fonctionnels, tels que picotements oculaires et céphalées. L’analyse environnementale n’a révélé aucune anomalie : qualité de l’air et de l’eau conforme aux normes, absence de dysfonctionnements techniques et de polluants détectables », note Santé publique France. La durée des symptômes chez les résidents n’a pas excédé quelques jours avec un traitement local (sérum physiologique, collyre antibactérien). Chez les professionnels, les symptômes ont diminué dès la sortie du bâtiment ou dans les trois jours suivants.

« Les données cliniques suggèrent une origine infectieuse probable pour les symptômes des résidents, tandis que les symptômes des professionnels relèvent d’un SCI induit par l’anxiété collective », explique Santé publique France. Si le tout premier événement, l’érythème cutané est isolé, il est survenu juste avant l’épidémie de conjonctivites et son origine exacte n’a pas pu être identifiée. Il a ainsi participé à l’inquiétude et à l’évacuation du bâtiment. Cela souligne le rôle d’un événement déclencheur qui se retrouve souvent à l’origine immédiate des SCI. La récidive ou bien une évolution des symptômes chez les résidents entre le vendredi et le lundi à perturber la compréhension de la situation.

Selon Santé publique France, on retrouve le déroulement habituel d’un SCI, soit une situation sanitaire avec un cas isolé d’affection dermatologique, puis une épidémie de conjonctivites probablement infectieuses chez les résidents comme facteur déclencheur. Le SCI en lui-même a été généré par l’incompréhension de l’événement initial et le développement d’une symptomatologie physique en réaction à la forte inquiétude ambiante. Il a touché principalement le personnel qui a présenté des signes spécifiques.

Selon Santé publique France, « cet événement rappelle également que des phénomènes psychosomatiques peuvent se manifester dans un contexte d’anxiété élevée lorsqu’une menace sanitaire est mal identifiée. Enfin, cette enquête souligne la nécessité d’une approche multidisciplinaire, combinant expertise médicale, épidémiologique, environnementale et psychologique dans l’analyse des syndromes collectifs inexpliqués, pour en permettre la résolution ».

  • Source : Santé publique France

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Vincent Roche

Destination Santé
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