Vendée Globe : les inquiétudes du médecin

[04 novembre 2016 - 10h25] [mis à jour le 04 novembre 2016 à 11h01]

A quelques heures du départ de la 8e édition du Vendée Globe, le Dr Jean-Yves Chauve est loin d’être serein. « Les skippers sont exposés à des types d’accidents plus graves que par le passé », explique-t-il. En cause ? Un décalage de plus en plus important entre les performances des bateaux et les protections des navigateurs.

 Dotés d’une coque en carbone ultra-légère, les monocoques – en tout cas ceux qui visent la performance – ressembleraient presque à une coquille vide. L’intérieur ? Très sommaire ! Guère plus qu’une bannette pour piquer un somme et un poste de pilotage qui fait accessoirement office de cuisine.

« Les bateaux d’aujourd’hui vont plus vite », explique le Dr Chauve. « Ils sont bien plus brutaux. » Si bien que le médecin de la course a dû modifier la composition de la trousse médicale qu’il conçoit depuis des années pour les skippers. « Aujourd’hui, l’accent est clairement mis sur la traumatologie, en lien donc avec le risque de chute susceptible d’occasionner de simples contusions voire des fractures ». A l’image de Yann Eliès, victime d’une fracture du fémur en 2008. Au beau milieu de l’Océan Indien, le skipper avait été secouru par une frégate australienne.

Des casques de protection

Jean-Yves Chauve redoute donc une augmentation de ce type d’accident, à bord de bateaux sans cesse plus rapides. Problème, les skippers ne sont pas protégés en conséquence. « Il leur faudrait quasiment des airbags, voire des protections comme portent les motards ainsi qu’un casque », exagère-t-il à peine. Mais c’est incompatible – en tout cas pour le moment – avec les gestes à réaliser sur un bateau ».

A ses yeux, le principal risque réside lorsqu’il y a une décélération. « Le bateau avance à 30 nœuds. Et là, il peut frapper une vague qui le ramènera en une seconde à 15 nœuds. A l’intérieur, si le skipper n’est pas solidement accroché, c’est la chute assurée avec des risques de traumatisme au niveau de la tête, de la cage thoracique ou du bas du corps ». Le skipper Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) concède avoir glissé un casque de rugbyman et des genouillères dans son paquetage. « Je pense qu’à certains moments, nous en aurons besoin », souligne-t-il.

 La santé auditive est, elle aussi, mise à rude épreuve. A bord, le bruit est omniprésent : environ 90 décibels en permanence, l’équivalent d’une tondeuse à gazon ! « Et parfois, cela monte à 120 décibels », renchérit le Dr Chauve qui craint surtout pour la récupération des marins. « Moins de sommeil, c’est un risque de chute plus élevé dû au manque de lucidité ». Pour y remédier, Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) « emporte un casque anti-bruit pour dormir. C’est indispensable pour récupérer et ne pas accumuler de la fatigue », explique-t-il.

 Aux petits soins… du bateau !

Avant le départ, chaque navigateur a bien sûr bénéficié d’une formation médicale et a même participé à un stage de survie, sous l’égide de la Fédération internationale de Voile. « Les skippers sont probablement les sportifs les mieux formés à la sécurité et à la santé », enchaîne Jean-Yves Chauve. Il regrette toutefois qu’ils aient « davantage tendance à ménager leur machine qu’eux-mêmes ». D’une manière générale, le discours de sécurité apparaît difficile à faire passer. « Cela ne rentre pas dans leur schéma », regrette-t-il.

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