La Côte d’Ivoire, comme plusieurs autres pays africains, a mis en place une politique de dépistage du VIH. Depuis 2009, le pays propose un test à tous les patients se présentant en consultation médicale, quel qu’en soit le motif. En théorie, car les résultats ne sont pas au rendez-vous. Une étude de l’ANRS explique pourquoi.

Malgré des mesures mises en place en 2009 puis renforcées en 2013, le dépistage du VIH peine à décoller en Côte d’Ivoire. Afin de déterminer les raisons de ces freins, l’étude ANRS DOD-CI* a été menée entre 2015 et 2016. Dans le détail, deux parties l’ont composée.

D’abord, une étude qualitative a été réalisée entre juin 2015 et avril 2016 dans trois services de médecine générale de Côte d’Ivoire. Plus de 200 consultations ont été observées. Des entretiens sur l’expérience du dépistage ont été réalisés auprès de 37 professionnels de santé. Résultat, seul un patient sur cinq s’est vu proposer un test de dépistage lors de sa consultation.

Comment expliquer ce constat ? Du côté des soignants, les chercheurs observent « la crainte de voir les patients refuser le test, se méfier de leur médecin ou fuir la consultation ». En outre, « le dépistage du VIH fait l’objet de procédures très spécifiques (registres dédiés, ordonnances séparées, conseil pré- et post-test, recueil du consentement, …), [vécues] comme une surcharge de travail, ni reconnue ni valorisée ».

Autre observation, « quand il est réalisé, le test est plus souvent prescrit sans information préalable que proposé explicitement aux patients », ajoutent les chercheurs.

Des patients peu sensibilisés

Seconde partie du projet, une étude quantitative cette fois, présentée sous forme d’enquête téléphonique tournée vers la population. Elle a concerné 3 882 personnes entre février et novembre 2017. Constat alarmant, « seul un quart des hommes et des femmes ayant déclaré avoir consulté pour une infection sexuellement transmissible ont reçu une proposition de test VIH ». De plus, « seules 74% des femmes en consultation prénatale et 34% des hommes les accompagnant se sont vu proposer un test ».

« Ces résultats montrent qu’en dépit d’un effort certain de mettre en place une stratégie de dépistage optimale pour mettre fin à l’épidémie de Sida, des obstacles subsistent dans de nombreux pays notamment en Afrique Sub-Saharienne », souligne le Pr François Dabis, directeur de l’ANRS. « Ces données doivent inciter à poursuivre et intensifier des actions d’information et de sensibilisation à destination des professionnels de santé ainsi qu’à simplifier les conditions de réalisation du dépistage de l’infection par le VIH. »

*coordonnée par Mariatou Koné (Institut d’Ethnosociologie de l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan) et Joseph Larmarange (IRD) en partenariat avec le site ANRS Côte d’Ivoire (programme PACCI) et l’École Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie Appliquée d’Abidjan.

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