Selon des chercheurs ivoiriens et français, les patients séropositifs au VIH peuvent voir leur état de santé s’améliorer grâce à un traitement en prophylaxie, initialement destiné à soigner la tuberculose. Cette prescription préventive, l’isoniazide, réduit le risque de décès chez les personnes sous antirétroviraux présentant une faible charge virale.

Quel effet peut-on espérer d’un traitement antituberculeux chez des patients séropositifs au VIH ? Pour le savoir, des scientifiques de l’Inserm* et de Côté d’Ivoire** ont mené l’essai ANRS TEMPRANO entre 2008 et 2015.

Résultat, « la chimioprophylaxie antituberculeuse (administration préventive d’une molécule) réduit non seulement la morbidité sévère mais également la mortalité (…), même chez les personnes qui prennent un traitement antirétroviral et qui ont un compte de lymphocytes T CD4 + élevé  ». Un bénéfice « conservé au moins six ans après la prise ».

Les premiers pas dans les années 90

Et cette piste remonte à 2015. Date à laquelle les scientifiques avaient démontré que « la chimioprophylaxie antituberculeuse de 6 mois d’isoniazide et les traitements antirétroviraux précoces réduisaient tous les deux les risques de morbidité sévère dans les deux premières années de suivi ».

Les premières hypothèses sur le lien entre la séropositivité et la tuberculose remontent à plusieurs années. Dès les années 90, l’efficacité de cette prescription préventive d’isoniazide pendant 6 à 12 mois à des personnes infectées par le virus du Sida, était connue pour diminuer le risque de développer la tuberculose.

A cette date, en Afrique subsaharienne, la tuberculose constituait déjà la première cause de mortalité en cas de contamination par le virus du Sida. En 1993, l’Organisation mondiale de la Santé intégra donc dans ses recommandations la prise d’isoniazide pendant 6 mois à toutes les personnes infectées par le VIH/SIDA et vivant dans des pays où la tuberculose sévit particulièrement. Pour autant, cette approche préventive est loin d’être généralisée, « considérée comme obsolète avec l’arrivée des antirétroviraux connus pour rétablir l’immunité et diminuer le risque de tuberculose ».

A ce jour, au regard des résultats de l’étude ANRS TEMPRANO, « nous disposons d’éléments irréfutables en faveur de la chimioprophylaxie antituberculeuse pour les personnes infectées par le VIH dans les pays du sud à l’ère des antirétroviraux », note le Pr François Dabis, directeur de l’ANRS. « L’efficacité de cette approche préventive est indépendante des effets des traitements antirétroviraux. Les recommandations de l’OMS doivent plus que jamais être appliquées ».

 

*Unité 1219 Bordeaux population health, Université de Bordeaux

**Service des Maladies Infectieuses et Tropicales du CHU de Treichville et 8 autres centres de prise en charge de l’infection à Abidjan

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