Le SIDA tue encore

[01 août 2017 - 09h52]

Alors que plus de 50% des séropositifs dans le monde ont à présent accès au traitement, presqu’autant n’y ont pas accès, ou de manière irrégulière. Ce qui favorise les résistances et les échecs thérapeutiques. Par conséquent, nombre de patients développent encore le SIDA, et en meurent. A l’occasion de la conférence scientifique sur le VIH de l’IAS à Paris (23-26 juillet), Médecins sans Frontières (MSF) appelle à plusieurs interventions, parmi lesquelles les tests de charge virale en routine, le dépistage et le traitement rapides d’infections opportunistes majeures comme la cryptococcose.

En République démocratique du Congo (RDC), en Guinée, au Kenya et au Malawi, « dans les hôpitaux que nous gérons, entre 30 à 40% des patients admis avec le VIH meurent, souvent très rapidement », indique MSF. « Alors que 50% d’entre eux ont déjà été mis sous traitement antirétroviral. » Le problème ? « A l’heure de la généralisation de l’accès aux antirétroviraux, les personnes à un stade SIDA bénéficient d’un accès aux soins très limité. »

« Les principales causes de maladie et de décès sont donc liées à des échecs ou des interruptions de traitement, ou à un diagnostic tardif », note l’ONG. « Contrairement au début des années 2000, quand les gens mouraient faute d’accès aux thérapeutiques. » MSF milite « pour que les patients (en échec ndlr) puissent passer plus rapidement à des traitements de deuxième ligne », explique David Maman, épidémiologiste à Épicentre.

Agir contre les maladies opportunistes

En outre, pour prévenir le stade SIDA, et prendre en charge les personnes qui y sont confrontées, il est urgent de combiner plusieurs interventions. Parmi elles, le renforcement du dépistage et l’initiation rapide du traitement antirétroviral, les tests de charge virale en routine, ainsi que le dépistage et le traitement rapides d’infections opportunistes majeures. Pour cela l’accès à des outils de diagnostic de la tuberculose au chevet du patient et l’amélioration du traitement contre la cryptococcose sont nécessaires.

Dans ce domaine, une bonne nouvelle a été annoncée à la conférence de l’IAS ce 25 juillet. Une étude coordonnée par le Pr Thomas Harrison de l’Université St Georges de Londres* a permis de montrer l’efficacité d’un traitement plus adapté aux pays concernés par la cryptococcose. Une infection fongique fréquente chez les patients atteints du SIDA et qui cause plus de 100 000 décès par an en Afrique.

« De nouvelles recommandations OMS dès septembre »

Cette étude a été menée au Malawi, en Tanzanie et en Zambie, auprès de 721 patients infectés par le VIH et atteints de cryptococcose. Objectif, établir l’efficacité de deux nouvelles lignes de traitements, en comparaison avec le protocole recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ce dernier consiste en une période durant laquelle une perfusion quotidienne d’amphotéricine est administrée pendant deux semaines. Ensuite une prise orale de fluconazole quotidienne est maintenue. Mais l’amphotéricine (AmB) est peu disponible dans les pays pauvres et entraîne des effets secondaires graves.

L’étude a montré que deux autres traitements** étaient plus efficaces et mieux tolérés que le protocole de l’OMS pour les patients co-infectés par le VIH et la cryptococcose. De plus, leur coût est nettement réduit grâce à la diminution, voire la suppression, de l’administration d’AmB. « Le résultat de cet essai est très important », souligne le Pr Jean-François Delfraissy, co-organisateur de la conférence de l’IAS. « Cela signifie que l’OMS va émettre une nouvelle recommandation au mois de septembre en intégrant la flucytosine. » Il s’agit d’un « exemple important qui montre comment à partir de résultats scientifiques, il est possible de prendre des décisions stratégiques de santé publique », conclut-il.

*promue par l’ANRS
**le premier était identique à celui de l’OMS mais sur une semaine seulement ; le second était une association uniquement par voie orale de fluconazole et de flucytosine

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