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Lorsqu’un virus pénètre dans notre organisme, notre système immunitaire mobilise des anticorps pour neutraliser l’intrus. Mais cette réponse varie considérablement d’une personne à l’autre, selon le sexe ou encore l’âge. C’est ce que viennent de montrer des chercheurs français utilisant les données de la cohorte Milieu Intérieur, fondée il y a 15 ans afin d’étudier les variations des réponses immunitaires parmi 1 000 individus sains.
« Plus de la moitié du répertoire d’anticorps varie en fonction de l’âge », explique Etienne Patin, directeur de recherche au CNRS et co-auteur de l’étude. Prenons l’exemple de la grippe : face aux virus H1N1 et H3N2, les jeunes adultes et les personnes âgées développent des stratégies de défense radicalement différentes. Les jeunes ciblent principalement l’hémagglutinine (HA), une protéine de surface qui varie au cours de l’évolution du virus, tandis que les personnes plus âgées concentrent leurs anticorps sur une région plus stable de cette même protéine nommée la « tige ».
L’étude révèle également que le sexe biologique influence significativement notre réponse aux infections virales. Face aux virus de la grippe A et B, les femmes et les hommes adoptent des stratégies défensives différentes : les femmes produisent davantage d’anticorps contre l’hémagglutinine alors que les hommes ciblent d’autres protéines virales. Et ces différences persistent malgré des taux de vaccination comparables entre les sexes.
Notre patrimoine génétique joue également un rôle crucial dans la formation des anticorps. Les chercheurs ont identifié des mutations spécifiques qui déterminent quels gènes sont utilisés pour leur fabrication.
Enfin, les chercheurs ont étendu leur étude en incluant une cohorte africaine. Les résultats révèlent des disparités entre populations. Pour un même virus, comme le virus d’Epstein-Barr, les anticorps peuvent reconnaître des protéines virales différentes selon le contexte géographique et épidémiologique.
Ces découvertes dépassent le cadre de la recherche fondamentale et pourraient révolutionner notre approche des traitements antiviraux et des vaccins. En comprenant comment l’âge, le sexe et la génétique influencent notre réponse immunitaire, les scientifiques pourront développer des solutions thérapeutiques véritablement adaptées à chaque individu.
« Cette étude fournit une vision détaillée et intégrée des effets de l’âge, du sexe et de la génétique sur la réponse anticorps, résume Lluis Quintana-Murci, responsable du laboratoire Génétique évolutive humaine à l’Institut Pasteur et co-dernier auteur de ce travail. Elle montre que ces facteurs modulent jusqu’à la manière dont les anticorps ciblent des régions spécifiques d’un même virus, ce qui pourrait guider le développement de vaccins et de traitements. »

Source : Institut Pasteur

Ecrit par : Vincent Roche – Edité par : Emmanuel Ducreuzet