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La maladie d’Alzheimer touche 1,2 million de personnes en France, 55 millions dans le monde. D’ici 2050, avec le vieillissement de la population, le nombre de patients souffrant de démence devrait tripler et passer à 152 millions.
Actuellement, on ne dispose d’aucun traitement curatif contre la maladie. En France, en 2018, le ministère de la Santé a décidé, sur les recommandations de la Haute autorité de Santé (HAS) de dérembourser les médicaments anti-Alzheimer, des médicaments qui ne traitent pas la cause mais agissent sur les conséquences de la maladie. L’autorité sanitaire, et plus précisément les experts de sa commission de la transparence, s’inquiétaient en effet de l’absence relative de données sur l’efficacité à long terme et la dangerosité potentielle des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase chez les patients de vie réelle, plus âgés et présentant davantage de comorbidités que ceux inclus dans les essais thérapeutiques. 20 ans après la mise sur le marché du donézépil, chef de file de cette classe médicamenteuse, ils étaient déremboursés en août 2018.
Les équipes du Centre Mémoire de Ressources et de Recherche de Lille, du Centre de Recherche Lille Neuroscience & Cognition et du service d’Épidémiologie Santé Publique, Économie de Santé et Prévention du CHU de Lille ont alors décidé de suivre 5 700 patients atteints de la maladie d’Alzheimer ayant arrêté ou poursuivi le traitement en 2018. L’évolution cognitive des patients a été mesurée sur la base du MMSE (Mini Mental State), un score d’évaluation cognitive globale sur 30 points, couramment utilisé pour suivre l’évolution de la maladie d’Alzheimer.
Selon les résultats publiés dans The Lancet Regional Health Europe, un bénéfice cognitif modéré, mais maintenu à long terme (4 ans), a été constaté chez les « poursuiveurs » du traitement, sans différence de mortalité par rapport aux « arrêteurs ». Plus concrètement, le MMSE moyen entre les arrêteurs et les poursuiveurs est de 0,97 points à 1 an et de 1,81 points à 4 ans, ce qui correspond à un temps gagné sur la maladie de 6,5 mois à 1 an et de 11,3 mois à 4 ans. « En termes de performances cognitives, l’écart entre poursuiveurs et arrêteurs se creuse très rapidement, puis les courbes restent globalement parallèles », note Octave Guinebretiere, de l’Institut du Cerveau (Paris) dans un communiqué du 18 février 2026.
Ces résultats, qui s’appuient sur des données de « vie réelle » issues de la Banque Nationale Alzheimer, une base de données nationale unique au monde, renseignée par plus de 600 consultations mémoire, confirment ceux de l’essai Domino, une étude randomisée menée au Royaume-Uni visant à déterminer si les médicaments anti-Alzheimer avaient encore une place aux stades avancés de la maladie. Ses résultats positifs, publiés en 2012 dans le New England Journal of Medicine, « n’avaient pas influencé la décision de déremboursement car la pertinence clinique des résultats dans les formes très avancées de la maladie était jugée douteuse, et les patients inclus non représentatifs des conditions de vie réelle ».
« Notre analyse couvre une population bien plus large que DOMINO, plus représentative de la pratique clinique quotidienne, incluant des patients à un stade précoce de la maladie et suivis à plus long terme. Ils contribuent à répondre aux questions posées par la commission de transparence, en montrant le maintien de l’efficacité à long terme et une apparente sécurité d’emploi des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase utilisés en conditions réelles », déclare le Pr Thibaud Lebouvier, neurologue et chercheur au CHU de Lille.
Les auteurs plaident pour un réexamen de la décision de retrait des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase de la liste des médicaments remboursables. Selon eux, ces médicaments demeurent sûrs et cliniquement pertinents pour la maladie d’Alzheimer, à un stade léger à modéré.

Source : CHU de Lille, The Lancet regional health Europe

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet