La résistance bactérienne aux antibiotiques est un enjeu de santé publique mondial. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Quelle est la différence entre les bactéries multirésistantes et les hautement résistantes ? L’impasse thérapeutique est-elle vraiment inéluctable ?

« Il existe deux degrés de résistance », explique le Pr Jean-Christophe Lucet, spécialiste en hygiène hospitalière à l’hôpital Bichat – Claude Bernard. Les bactéries multirésistantes portent ce nom car elles ne réagissent plus à un certain nombre d’antibiotiques. Heureusement, d’autres restent actifs. A contrario, les bactéries hautement résistantes émergentes, dont les principales sont des entérobactéries comme Escherichia coli, résistent quasiment à toutes les molécules thérapeutiques actuelles.

La multirésistance en augmentation

Grâce aux mesures d’hygiènes mises en place à l’hôpital, parmi elles l’utilisation de gel hydro-alcoolique, « les cas d’infections à staphylocoque doré multirésistants ont très nettement diminué ces dix dernières années », indique le Pr Lucet. Une baisse d’environ 75% à 80%. Toutefois, ces mesures n’ont pas suffit à freiner l’augmentation des cas d’infections multirésistantes en général. Maintenant, « les infections à entérobactéries productrices de bêtalactamase à spectre élargi (EBLSE) augmentent rapidement », poursuit-il.

« Ces infections réagissent encore à une certaine famille d’antibiotiques », précise Jean-Christophe Lucet. « Administrées par voie intraveineuse, les carbapénèmes sont encore constamment efficaces dans ces situations. » En France, « 10% de nos septicémies à E. coli sont multirésistantes ». En Europe, « d’autres pays présentent des prévalences encore plus inquiétantes. Jusqu’à 25% ou 30%. » Il s’agit notamment de la Grèce et de l’Italie.

Vers l’impasse thérapeutique avec les bactéries hautement résistantes

Les bactéries multirésistantes ne sont donc pas les plus inquiétantes. Les souches hautement résistantes sont autrement plus menaçantes. En effet, contre elles, mêmes les carbapénèmes restent inefficaces. Pour le moment, ces bactéries ne constituent encore que très rarement – en France- une véritable impasse thérapeutique. Pour lutter contre ces infections, « nous avons ressorti des antibiotiques anciens, abandonnés il y a 20 ou 30 ans car ils sont toxiques pour les reins du patient », explique le Pr Lucet. La colistine est l’un d’entre eux.

« Les bactéries pour lesquelles on ne peut rien sont exceptionnelles », note-t-il. «Mais le risque est réel. Et il est déjà présent dans certains pays où les souches sont déjà résistantes à la colistine. » Lorsqu’ils surviennent, ces cas concernent à plus de 30% à 50% des souches de certaines entérobactéries, comme Klebsielle pneumoniae, une entérobactérie fréquente, surtout responsable d’infections hospitalières.

Eviter la propagation

« La majorité des porteurs de ces bactéries sont des porteurs sains », indique Jean-Christophe Lucet. Pour la plupart « ils ont été exposés au système de santé d’un pays étranger dans lequel ces bactéries sont plus répandues qu’en France. » Les souches se trouvant généralement dans le tube digestif, lorsqu’une infection se déclare, elle est souvent urinaire ou digestive.

Pour lutter contre le développement et le durcissement des résistances, et empêcher la propagation des bactéries concernées, plusieurs actions devraient être menées. « Il est essentiel d’utiliser de manière ciblée les antibiotiques de dernière intention comme les carbapenème et la colistine », rappelle le Pr Lucet. Or pour le moment, « leur usage est en hausse dans certains pays car l’encadrement de leur usage n’est pas le même partout dans le monde ». Lutter contrer le mésusage donc, en ville mais surtout à l’hôpital.

Par ailleurs, pour le cas des bactéries hautement résistantes, « il est essentiel de séparer les patients porteurs ou qui risquent de l’être des autres », ajoute-t-il. Enfin, « comme l’a demandé l’OMS dès 2014, les pays doivent participer à la recherche et développement pour de nouveaux antibiotiques », ajoute le Pr Yazdan Yazdanpanah du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat-Claude Bernard.

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