Bébé secoué : repérer la maltraitance, pas facile pour les professionnels de santé

[29 septembre 2017 - 12h01] [mis à jour le 29 septembre 2017 à 15h32]

Face à la maltraitance infantile, les professionnels de santé ne sont pas toujours préparés à réagir. Pourtant, par leurs contacts réguliers avec les enfants et les familles, ils occupent un rôle clé pour déclencher des actions de protection et de soins à l’égard des victimes. Pour les aider dans cette mission de santé publique essentielle, la Haute Autorité de Santé (HAS)* actualise ses recommandations sur le diagnostic du syndrome du bébé secoué.

« Responsable de lésions cérébrales graves, parfois fatales, le syndrome du bébé secoué (SBS) survient lorsqu’un adulte secoue un bébé par exaspération ou épuisement face à des pleurs qu’il ne supporte plus », définit la Haute Autorité de Santé (HAS). Chaque année, plusieurs centaines d’enfants sont victimes en France de cette maltraitance grave. Elle touche « en majorité des nourrissons, garçons, de moins de 1 an et le plus souvent de moins de 6 mois », précise la HAS. « Ne pas diagnostiquer cette maltraitance expose à un risque majeur de récidive et à des séquelles sévères à vie ou au décès. »

Les professionnels de santé, médecins généralistes, pédiatres ou encore puéricultrices sont en situation de repérer ces maltraitances. Pour mieux les aider et les guider dans cette tâche délicate, la HAS vient de mettre à jour ses recommandations en la matière, dont les dernières dataient de 2011.

Des symptômes neurologiques précis

De plus, « de nouvelles connaissances sur le SBS [fournissant] une meilleure description des lésions cérébrales justifient l’actualisation de ces recommandations », note la HAS. Ainsi, « concrètement, le diagnostic de secouement est davantage documenté devant des symptômes neurologiques tels que certains types précis d’hématomes sous-duraux (HSD) et d’hémorragies rétiniennes (HR) ».

Pour valider le diagnostic, « une imagerie cérébrale (scanner en urgence puis IRM) et un examen du fond d’œil » sont nécessaires. Par ailleurs, « en cas de suspicion de SBS, l’enfant doit être considéré comme un traumatisé crânien grave [et doit donc] bénéficier d’une hospitalisation en soins intensifs pédiatriques, avec avis neurochirurgical ».

Une raison de levée du secret médical

La détection d’un SBS, comme celle de n’importe quelle maltraitance infantile doit faire l’objet d’un signalement. «  Comme n’importe quel citoyen, le professionnel de santé a l’obligation de porter assistance à une personne en danger », rappelle la HAS. Laquelle souligne que « cet impératif de protection est rendu possible par la levée du secret médical qui met à l’abri [le soignant] de toute poursuite pénale pour violation de celui-ci ».

Dans les faits, « lorsqu’un syndrome du bébé secoué est suspecté, une première réunion d’au moins deux médecins doit avoir lieu sans délai », détaille-t-elle dans ses recommandations. « Un premier signalement sera adressé [au procureur de la République] qui pourra ensuite être complété par une évaluation psycho-sociale. » Dans ce document, aucune personne ne doit être mise en cause ou visée nommément comme auteur des faits. Il faut que le professionnel de santé sépare bien « les faits constatés des propos rapportés » et précise « toujours l’origine des informations », conclut la HAS.

*en lien avec la Société française de médecine physique et de réadaptation

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