Réveiller des cellules immunitaires endormies par le cancer. C’est ainsi que les scientifiques cherchent à combattre certaines des tumeurs les plus réfractaires aux traitements. Une molécule d’immunothérapie nouvelle génération, déjà utilisée dans la prise en charge du  mélanome, a montré de très bons résultats dans le traitement du cancer du poumon non à petites cellules. Une bonne nouvelle pour des patients jusque-là sans réelle solution thérapeutique, largement mise en valeur au cours du Congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), qui se déroule à Chicago du 29 mai au 2 juin 2015.

« Le principe du nivolumab est de réveiller des cellules immunitaires endormies dans l’environnement des cellules cancéreuses », explique le Pr Jean-François Morère, oncologue, chef du Département d’Oncologie – Hématologie du CHU Paul Brousse à Villejuif. En effet, pour se développer le cancer bloque les défenses naturelles de l’organisme. Dans certaines tumeurs, le système immunitaire a toutefois le temps de reconnaître les cellules cancéreuses pour ce qu’elles sont : des indésirables. Il envoie alors des lymphocytes T pour les combattre. Mais une fois dans l’environnement proche de la tumeur, cette dernière les endort en communiquant avec elles par le biais des récepteurs PD1 (situés sur la tumeur) et PDL1 (situés sur les cellules immunitaires). L’inhibiteur de PD1 (nivolumab) agit donc sur ce lien pour réveiller les cellules immunitaires.

Une étude de phase III menée sur le cancer du poumon épidermoïde non à petites cellules chez 582 patients a montré un allongement de la survie de 3 mois en moyenne avec nivolumab comparé au traitement par chimiothérapie. Ce qui n’est pas rien pour un cancer de si mauvais pronostic ! « La réponse s’est avérée encore meilleure chez les malades exprimant le plus de PDL1 », souligne le Dr Luis Paz-Ares de l’Hospital Universitario Virgen del Rocio de Séville (Espagne) et principal auteur de l’étude. Ceux-là ont obtenu jusqu’à 8 mois supplémentaires par rapport au groupe chimiothérapie !

Plus efficace, moins d’effets indésirables

« Il y a 5 ans, ces patients avaient une espérance de vie de 10 mois en moyenne après le diagnostic », rappelle le Dr Olivier Mir, oncologue à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif. « Aujourd’hui, elle est doublée. Et certains malades sont encore en vie 2 ans après ! » Un résultat inimaginable en 2010.

Outre son efficacité supérieure à la chimiothérapie, cette nouvelle approche offre une meilleure tolérance. Ainsi, seul un patient sur dix a souffert d’effets indésirables sévères dans le groupe nivolumab, contre la moitié chez ceux ayant reçu une chimiothérapie. Des résultats importants dans la lutte contre un cancer pour lequel 1,8 million de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année dans le monde.

Partager cet article