Cancer du sein : la Cour des comptes pointe une qualité et une sécurité des soins insuffisantes

28 janvier 2026

La Cour des comptes publie un rapport sur les résultats du dépistage organisé du cancer du sein, la qualité des soins et le suivi de l’après-cancer. Elle pointe de nombreuses inégalités, notamment territoriales et sociales.

Le cancer du sein est la première cause de mortalité par cancer féminin avec plus de 12 000 décès par an et 61 214 nouveaux cas diagnostiqués en 2023. La Cour des comptes, saisie par le président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale pour mener une évaluation de politique publique sur ce cancer très fréquent, livre ses conclusions mercredi 28 janvier.

L’accès au dépistage organisé parfois plombé par le manque de radiologue

Concernant le dépistage organisé du cancer du sein, mis en œuvre depuis 2004 pour les femmes de 50 à 74 ans, le rapport regrette que l’offre de dépistage soit inégalement répartie sur le territoire, en fonction de la densité des radiologues et aux délais d’obtention des rendez-vous. L’âge, le niveau de diplôme et le lieu de résidence sont aussi des facteurs individuels d’inégalité. Ainsi la participation au dépistage organisé demeure insuffisante et même en recul, avec un taux inférieur à la moitié de la population cible, alors même qu’il est intégralement remboursé.

Pourtant, « la précocité du diagnostic conditionne directement le pronostic et la lourdeur des traitements. Lorsqu’il est détecté à un stade précoce, le cancer du sein présente des taux de survie très élevés, tandis qu’une détection tardive conduit à des prises en charge plus lourdes et à un pronostic nettement dégradé », note la Cour des comptes dans un communiqué. Les sages de la rue Cambon recommandent de renforcer l’adhésion au dispositif, notamment en conditionnant à la participation au programme la pratique de l’imagerie sénologique.

Des délais de prise en charge dégradés

Ils dénoncent aussi une offre de soins disparate et une hausse globale des dépenses. En 2023, l’Assurance maladie a pris en charge 4,7 Md d’euros contre 2,8 Md d’euros en 2015. Pourtant, le nombre de patientes a progressé plus modérément. En cause notamment, la hausse des dépenses de médicaments et d’hospitalisations. Mais la Cour des compte pointe surtout une qualité et une sécurité des soins insuffisantes. « En 2022, un seul des quatorze indicateurs nationaux de qualité et de sécurité des soins relatifs au cancer du sein atteignait la cible fixée, tandis que plusieurs délais de prise en charge se sont dégradés », dénonce-t-elle.

Plus d’un établissement sur 10 ne respectant pas, en 2023, les seuils d’activité chirurgicale en vigueur et des prises en charge ont été identifiés dans des structures non-autorisées. Pour rappel, la réglementation impose un nombre minimal annuel de séjours de chirurgie de cancer du sein à 70 pour autoriser l’activité d’un établissement. « Ces constats conduisent la Cour à souligner la nécessité d’un suivi renforcé des autorisations, d’un relèvement des seuils d’activité chirurgicale et d’un approfondissement des coopérations entre établissements, afin d’améliorer la qualité, la sécurité et l’efficience de la prise en charge du cancer du sein ».

L’accès aux soins de support ? Pas pour toutes

Dernier point qui doit être amélioré, la période de l’après-cancer. Les séquelles de la maladie et des traitements sont fréquentes et durables et une large majorité des patients présentent des troubles psychiques et psychologiques cinq ans après le diagnostic de cancer du sein, entraînant des interruptions d’activité prolongées et des difficultés de retour à l’emploi. Si le dispositif d’affectation de longue durée limité le reste à charge pendant la phase de traitements, un reste à charge moyen d’environ 1 500 par femme subsiste, sans doute plus si l’ensemble des dépenses induites par la maladie étaient prises en compte. Une grosse somme pour de nombreuses femmes. Et celles qui sont les plus précaires sont aussi les plus exposées à une dégradation de leur qualité de vie, des difficultés de suivi médical et un moindre accès aux soins complémentaires.

« Ces difficultés sont accentuées par de fortes inégalités territoriales et sociales : les femmes résidant dans des territoires ruraux ou faiblement dotés en offre de soins déclarent plus fréquemment renoncer aux soins de support, en raison de l’éloignement géographique, de l’insuffisance de l’offre locale ou du coût restant à leur charge, tandis que les patientes vivant dans les zones urbaines les plus favorisées disposent d’un accès plus large aux dispositifs hospitaliers et associatifs. » De manière générale, l’activité physique adaptée qui a fait ses preuves reste encore trop peu prescrite et le suivi post-thérapeutique devrait être plus également mis en œuvre, avec notamment, une meilleure coordination entre l’hôpital et la médecine de ville. « La Cour recommande un renforcement et une meilleure structuration de l’accompagnement après cancer, afin d’assurer une prise en charge plus cohérente et équitable dans la durée. »

  • Source : La prévention et la prise en charge du cancer du sein, Cour des Comptes, Janvier 2028.

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Vincent Roche

Destination Santé
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