Cancer : tout savoir sur la tumeur dans une prise de sang ?

[01 juillet 2015 - 11h17] [mis à jour le 01 juillet 2015 à 11h18]

Jusqu’à présent une tumeur est diagnostiquée et identifiée par le biais d’une biopsie. Ce prélèvement sera peut-être un jour remplacé par… une simple prise de sang. Si pour le moment cette perspective reste bien lointaine, l’analyse des cellules et de l’ADN tumoraux circulant dans le sang pourrait apporter des informations utiles pour mieux traiter les malades. Les explications du Pr Jean-Yves Pierga de l’Institut Curie à Paris.

Lorsqu’un cancer se déclare, des cellules peuvent se détacher de la tumeur primaire pour circuler dans le sang et se déposer dans d’autres organes. Dans certains cas, elles peuvent alors y produire des tumeurs secondaires, appelées métastases. « On connaît l’existence de ces cellules circulantes depuis un peu plus de dix ans », explique le Pr Pierga. « Mais les techniques permettant de les détecter se sont nettement affinées. » Pour autant, ces cellules ne sont pas encore faciles à repérer avec les techniques actuelles.

Or la présence de ces cellules offre une information de taille : plus il y en a, plus le cancer est à un stade évolué. Mais cette donnée permet-elle de mieux soigner le patient ? C’est là toute la question. Et « c’est l’objectif de nombreuses études en cours actuellement. »

Par ailleurs, une autre voie de recherche se concentre sur l’ADN tumoral circulant dans le sang. « Il s’agit là des informations génétiques larguées dans la circulation sanguine par les cellules tumorales mortes », explique Jean-Yves Pierga. Avec les données contenues dans cet ADN et prélevé par une prise de sang, il est possible de déterminer la présence de mutations spécifiques à certaines tumeurs.

Un traitement très ciblé

« Dans un avenir proche, il sera possible d’utiliser les biopsies liquides (prise de sang n.d.l.r.) pour déterminer quel traitement donner au patient dans le cas d’un cancer avancé », explique Jean-Yves Pierga. Cet outil se développe notamment dans le contexte des médicaments ciblés. Ainsi, le cas d’un traitement indiqué dans des tumeurs pulmonaires présentant une mutation génétique spécifique EGFR. « L’Agence européenne du Médicament (EMA) a validé en fin d’année dernière qu’il était suffisant de faire une prise de sang pour déterminer si la mutation était présente dans l’ADN circulant ». Ainsi, pas de biopsie sur le poumon, et donc aucun risque pour le patient.

A l’Institut Curie, le Pr Pierga et son équipe ont montré que la quantité de cellules tumorales circulantes était bien un indice de pronostic péjoratif dans le cancer du sein. « Cela va permettre de déterminer quelle patiente doit bénéficier d’une chimiothérapie en première intention après une récidive, et laquelle pourra commencer par une hormonothérapie », explique-t-il. L’hormonothérapie présente en effet moins d’effets indésirables, mais ne peut suffire pour une patiente présentant un cancer trop agressif.

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