Et si les administrations intramusculaire et sous-cutanée n’étaient pas les plus efficaces en matière de vaccins thérapeutiques contre les cancers ? Voici l’hypothèse posée par une équipe Inserm. Leurs travaux montrent en effet qu’administrés par voie nasale, ces vaccins pourraient voir leur réponse améliorée contre des cancers de la tête et du cou, du poumon et peut-être même des voies génitales.

Une fois activés par la rencontre avec un agent pathogène à éliminer, les lymphocytes T mémoires permettent de lutter plus efficacement contre lui en cas de nouvelle rencontre. Or ces cellules sont principalement présentes dans les muqueuses au niveau des voies respiratoires, digestives, pulmonaires et génitales. Des chercheurs de l’Inserm* ont étudié l’intérêt de ces cellules dans le cadre de la vaccination anti-cancer. Objectif, observer si un vaccin permettant de les stimuler offrirait un bénéfice supplémentaire pour les patients. Et de quelle manière les faire réagir au mieux.

Pour cela, ils ont administré un vaccin thérapeutique expérimental contre des tumeurs de la tête et du cou à des souris. Délivré par voie nasale, les chercheurs ont constaté qu’il induisait l’activation de lymphocytes T mémoires et que la présence de ces cellules était alors associée à une plus grande efficacité vaccinale. Concrètement, la croissance de tumeurs greffées était stoppée chez les souris vaccinées par voie nasale, alors que les animaux contrôles mourraient au bout d’un mois. En comparaison, le même vaccin injecté par voie intramusculaire n’a pû sauver que la moitié des animaux.

Un système de communication entre les muqueuses

Les patients atteints de cancer du poumon pourraient eux aussi en bénéficier. Les chercheurs ayant observé que la présence d’un grand nombre de cellules mémoires dans ces tumeurs était associée aux formes les moins agressives de la maladie, ils espèrent une stratégie prometteuse avec ce vaccin.

Par ailleurs, « il existe des systèmes de communication entre les muqueuses », indiquent les scientifiques. « Des travaux antérieurs ont montré que la voie nasale peut induire une réponse immunitaire jusque dans les voies génitales, suggérant que les lymphocytes T mémoires pourraient être activés à distance de la voie d’administration ». Les cancers du col de l’utérus ou encore de l’endomètre pourraient donc être concernés par ces travaux.

Encouragés par ces résultats et ces observations, les chercheurs viennent de débuter un essai préclinique chez le primate. Il pourrait mener en cas de bons résultats à un essai chez l’être humain. « L’immunothérapie est en train de révolutionner la prise en charge du cancer, mais seulement 25% à 30% des patients y répondent », rappelle Eric Tartour, principal auteur de l’étude. « Pour les autres, l’association d’un vaccin pourrait permettre d’induire une réponse immunitaire qui serait ensuite stimulée par l’immunothérapie afin d’éliminer la tumeur. »

*unité 970 Inserm/Université Paris Descartes, Paris-Centre de recherche cardiovasculaire (PARCC), hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), Paris, équipe labellisée Ligue Nationale contre le Cancer.

Partager cet article