Cancer : l’espoir de l’immunothérapie chez l’enfant

[03 février 2017 - 14h24] [mis à jour le 10 février 2017 à 10h10]

Les premiers essais cliniques chez l’enfant pour les traitements d’immunothérapie de dernière génération ont été lancés il y a deux ans à peine. Pas suffisant pour démontrer leur efficacité. Pourtant l’espoir est grand tant les résultats chez l’adulte se révèlent fréquemment spectaculaires. Et ce dans de nombreuses tumeurs. Sans oublier que des thérapies ciblées stimulant le système immunitaire montrent déjà de bons résultats.

« L’immunothérapie à proprement parler n’est pas nouvelle », rappelle le Dr Aurélien Marabelle*. En effet, certaines thérapies ciblées comme les anticorps monoclonaux anti-tumoraux avaient déjà une action sur le système immunitaire. Dans ce cadre, l’oncologie pédiatrique avait bénéficié de ces traitements.

C’est le cas du rituximab dans certains lymphomes B de l’enfant. Mais aussi d’un autre anticorps développé spécifiquement pour le cancer pédiatrique. Celui-ci est entré dans le schéma thérapeutique standard des neuroblastomes de haut risque, en association avec une chimiothérapie et une interleukine 2. Grâce à lui, de 30%, la survie atteint les 50% à 5 ans.

Changer les globules blancs du patient

Des traitements d’immunothérapie innovants fournissent aujourd’hui de meilleurs pronostics dans d’autres cancers pédiatriques comme la leucémie. « Actuellement, la thérapie de routine repose sur l’allogreffe », indique Aurélien Marabelle. Il s’agit de greffer des cellules souches du sang. Mais une autre technique se montre encore plus efficace.

Les Car-T-cell pour chimeric antigene recepteur T cell. « Il s’agit d’une nouvelle génération de thérapies cellulaires. Le principe, faire un cytaphérèse, c’est-à-dire collecter les globules blancs du patient avec un système de circulation extracorporelle », détaille Aurélien Marabelle. Les globules blancs contiennent des lymphocytes T. Ces derniers sont modifiés génétiquement en laboratoire dans le but qu’ils deviennent des cellules anti-tumorales. « Réinjectés au patient, ces lymphocytes T chimériques ont fait leurs preuves dans le cas des leucémies de type B chez l’adulte et l’enfant », note-t-il.

Anti-PD1 et anti-PDL1 : l’immunothérapie de dernière génération

Restent les traitements d’immunothérapie les plus récents. C’est-à-dire ceux qui constituent déjà le principal espoir de guérison de nombreux patients adultes dans des dizaines d’indications cancéreuses. Les anti-PD1 et les anti-PDL1 démontrent chaque jour leur efficacité sur de nouvelles tumeurs. En oncologie pédiatrique, des essais cliniques ont été lancés il y a deux ans à peine. C’est pourquoi, « ils n’ont pas encore fourni de données suffisantes pour établir leur efficacité chez l’enfant », indique Aurélien Marabelle. « Ce que l’on peut dire toutefois concerne essentiellement les différences importantes entre tumeurs adultes et tumeurs pédiatriques. »

Ainsi, « les cancers chez l’enfant sont souvent peu mutés, or l’on sait que, chez l’adulte, plus il y a de mutations et plus la maladie est sensible à l’immunothérapie », souligne-t-il. Par ailleurs, « les tumeurs pédiatriques sont souvent peu infiltrées par le système immunitaire ». Alors que cela augmente les chances d’efficacité du traitement. Ces deux éléments « font douter des résultats des anti-PD1 et anti-PDL1 chez les enfants. En tout cas dans les tumeurs de blastèmes, comme les neuroblastomes, les néphroblastomes, glioblastome… »

Toutefois, tout espoir n’est pas perdu. « Dans les lymphomes de Hodgkin et les lymphomes B de l’enfant, peu différents de ceux des adultes, on espère une bonne efficacité des anti-PD1 », note le Dr Marabelle. Chez l’adulte en effet, ces traitements offrent des résultats spectaculaires.

*Directeur clinique du programme d’immunothérapie en cancérologie, Gustave Roussy – INSERM Lab U1015

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