La chirurgie et la médecine esthétique connaissent un fort engouement dans de nombreux pays, parmi lesquels la France. Pour une augmentation mammaire, une modification de la cloison nasale ou encore estomper les rides autour des yeux, les interventions visent à rendre les patients plus beaux. Mais parfois, certains d’entre eux, insatisfaits du résultat, enchaînent sans fin les opérations. A tel point qu’il est permis de parler d’addiction à ces pratiques. Diana Odon-Baylac, psychologue à Bordeaux, décrypte ce phénomène pour l’agence de presse Destination Santé.

La chirurgie esthétique ainsi que la médecine esthétique ont pour objet l’amélioration de l’apparence physique du patient en corrigeant une partie du corps perçue comme disgracieuse par ce dernier. Ces interventions ont donc pour but de procurer un mieux-être psychologique. Or, lorsque les opérations s’accumulent sans que jamais le but du patient ne soit atteint, « celui-ci entre alors dans une spirale qui échappe à son contrôle », explique Diana Odon-Baylac. « Le patient – ou plus souvent la patiente – se trouve pris(e) dans une quête constante d’amélioration de son apparence physique sans jamais parvenir à en être pleinement satisfait(e). » C’est là que commence l’addiction, « lorsque les interventions esthétiques sont perçues par l’individu comme faisant partie intégrante de sa vie ; elles deviennent la règle et non plus l’exception. »

En réalité, « le patient drogué à la chirurgie esthétique ne perçoit pas la même image que celle qu’il renvoie aux autres », poursuit-elle. Il se voit toujours trop ceci, ou pas assez cela… malgré l’accumulation des opérations correctrices. « Dévalorisé à ses propres yeux, il cherche en fait, dans ces opérations à répétition ‘une réassurance’ une sécurité interne qu’il n’a pas », explique Diana Odon-Baylac. « Ces personnes sont souvent en grande détresse psychique et ont une faible estime d’elles-mêmes. »

La médecine esthétique très concernée

Liposuccions, injections de botox ou d’acide hyaluronique ou encore liftings… Ces interventions de médecine esthétique, plus encore que les opérations de chirurgie, sont ciblées par les drogués de l’esthétique. « Ce sont des interventions qui, par définition, doivent être répétées pour maintenir l’aspect escompté », signale la psychologue. Alors, le recours à ces interventions que les femmes intègrent dans leur quotidien comme faisant partie d’une routine finissent parfois, par échapper à leur contrôle. En effet, « pour un homme, huit femmes font appel à la chirurgie esthétique, même si l’écart tend à se réduire. » Cette perte de contrôle peut s’expliquer par le fait que ces femmes, en succombant à ces interventions, se placent elles-mêmes inconsciemment dans une situation impossible : comment faire pour continuer de paraître jeune alors que l’on vieillit chaque jour davantage ?

Malheureusement, cette addiction, comme les autres, présente des risques. Cet excès dans la recherche d’une autre image de soi outre les souffrances psychiques qu’il entraine, peut également avoir des conséquences délétères sur la santé physique. « Il ne faut pas oublier qu’il s’agit avant tout d’interventions chirurgicales… même si dans la médecine esthétique, elles sont moins invasives. » Plusieurs années de liftings, d’augmentations mammaires ou autres liposuccions peuvent laisser des séquelles parfois irréversibles car rappelons-le, le corps n’est pas une ressource infinie. « On ne peut, en effet, ni raboter un nez, ni étirer une peau à l’infini… », conclut-elle.

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