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Adoptée le 1er avril en commission des affaires sociales, « la proposition de loi visant à accélérer la prévention cardio-neuro-vasculaire et à anticiper un risque sanitaire et social majeur » est discutée mardi 7 et mercredi 8 avril en séance publique à l’Assemblée nationale. Outre le dépistage à des moments clés de la vie et une plus grande sensibilisation notamment en milieu professionnel, le troisième axe majeur de cette loi est la meilleure prise en compte du risque cardiovasculaire chez les femmes. « Les maladies cardiovasculaires chez les femmes présentent en effet des symptômes parfois atypiques, des facteurs de risque spécifiques (grossesse, ménopause, etc.), un retard fréquent au diagnostic », explique la Société française de cardiologie. La proposition de loi pourrait bénéficier d’un examen accéléré.
Ainsi, selon les chiffres avancés par la Fondation Cœur et recherche, créée par la Société française de cardiologie et la Fondation Agir pour le cœur des femmes, près de 200 femmes meurent chaque jour d’une maladie cardiovasculaire, faisant de ces pathologies la première cause de mortalité chez les femmes tous âges confondus. C’est pourquoi le texte examiné à l’Assemblée nationale veut rendre obligatoire le dépistage cardiovasculaire et gynécologique chez les femmes, leur santé cardiovasculaire étant fortement influencée par leur santé hormonale et gynécologique à des âges clés de la vie.
Alors que celles-ci pensent encore souvent que les maladies cardiovasculaires concernent les hommes en premier lieu, 72 078 femmes en sont décédées en 2023 contre 64 161 hommes. Pourtant, près de 80 % des maladies cardiovasculaires pourraient être évitées grâce à une évaluation appropriée. Ainsi, toujours selon la fondation cœur et recherche, pour un même niveau de facteur de risque – hérédité, sédentarité, tabagisme, diabète, hypertension artérielle, dyslipidémie, obésité, soit les facteurs de risque dits traditionnels -, les femmes sont plus menacées. Par exemple, chez celles de moins de 50 ans, fumer multiplie par 13 le risque d’infarctus du myocarde.
Elles présentent aussi des risques spécifiques liés à leur sexe et qui évoluent à chaque étape de leur vie.
En outre, les femmes ont davantage recours à l’automédication associée au report des consultations médicales. Les appels au Samu sont aussi plus tardifs (30 minutes environ) ce qui cause un retard de prise en charge. Leurs symptômes diffèrent de ceux des hommes (fatigue intense, essoufflement, douleurs diffuses) ce qui nuit au diagnostic.
Dans ce contexte, le Bus du cœur des femmes, à l’initiative de la Fondation agir pour le cœur des femmes, reprend la route en 2026. Objectif : offrir un dépistage des maladies cardiovasculaires et gynécologiques aux femmes dans 16 villes de France. Depuis le lancement de l’initiative (2 heures de dépistage en 10 étapes), 90 % des femmes dépistées cumulaient au moins deux facteurs de risque cardiovasculaires, connus ou non. « Chaque étape du Bus et Journée du Cœur des Femmes est rendue possible grâce à la mobilisation exceptionnelle des professionnels de santé locaux bénévoles (…). Ils sont près de 5 000 à avoir déjà donné de leur temps et de leur expertise pour dépister, orienter et sensibiliser. Ces événements leur permettent de travailler ensemble sur les spécificités des maladies cardiovasculaires chez les femmes et contribuent à leur formation continue. Lorsque le Bus repart, une meilleure expertise reste sur le territoire », souligne le Pr Claire Mounier-Véhier, cofondatrice d’Agir pour le Cœur des Femmes, cardiologue et médecin vasculaire au CHU de Lille.

Source : Assemblée nationale, Agir pour le Cœur des femmes, Société française de cardiologie, Fondation cœur et recherche

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Vincent Roche