Contre l’alcoolisme, la force des mots

[07 décembre 2016 - 15h35]

En parler à visage découvert, poser des mots sur une vraie maladie, témoigner encore et encore. Tel est le leitmotiv de Laurence Cottet, ancienne alcoolique et fondatrice de l’association H3D. Aujourd’hui âgée de 55 ans, elle est abstinente depuis 8 ans et se bat chaque jour avec force pour dédramatiser la maladie alcoolique. Objectif, libérer la parole des patients. Témoignage.

« Dans mon environnement professionnel, j’ai été très rapidement confrontée à l’alcool. Cette substance a même participé à mon ascension. Et à partir de 35 ans, je suis devenue malade. Je vivais dans l’alcoolisme mondain. C’est quand j’ai perdu mon mari à 35 ans que j’ai sombré encore plus. Et à 48 ans à la cérémonie des vœux de mon entreprise, je me suis  effondrée et j’ai tout perdu, sauf la vie ».

Pour Laurence Cottet, cet instant de vie prend la forme d’une bouée de sauvetage. « J’ai touché le fond, mais cela m’a sauvée car je n’avais plus à cacher ma maladie. Nous sommes tellement dans la honte de ce qui nous arrive, que nous nous murons dans le silence. Aujourd’hui je suis abstinente depuis 8 ans et j’ai décidé de me battre pour aider les autres ». Elle délivre ainsi un message percutant et efficace. « Ne restez pas seuls, parlez de cette maladie. Dans mon cas, il a fallu attendre ma chute pour qu’enfin je rencontre le bon médecin pour me sortir de là. »

Guérir par l’abstinence ou la réduction de la consommation 

Si Laurence parle de cette maladie avec ses mots forts et authentiques, c’est justement pour éveiller les consciences. Au sein de son association H3D, elle anime dans la Région Rhône-Alpes Auvergne des groupes de parole ouverts aux patients, aux proches, mais également aux soignants. « On se déculpabilise et on aide les professionnels de santé à trouver les bons mots pour nous accompagner dans le soin. Depuis que j’ai créé mon association, de nombreux malades ont réussi à guérir, soit en devenant abstinent, soit en réduisant leur consommation ».

Laurence estime en effet intéressant de pouvoir proposer une autre alternative que l’abstinence. « Ne plus boire une goutte d’alcool du jour au lendemain, c’est très violent, cela fait peur et les patients paniquent. Proposer une étape vers la réduction de la consommation, cela dédramatise la situation pour le patient et permet au soignant d’aborder plus facilement le sujet. C’est beaucoup plus motivant. Tant mieux si certains peuvent réussir à réduire leur consommation, avec une aide médicamenteuse et le soutien d’un professionnel de santé. »

L’objectif, intervenir le plus précocement possible, afin de reconnaître son problème. Libérer la parole auprès de ses proches, c’est prendre le chemin de la prise en charge vers une réduction de la consommation.

Pour terminer, Laurence tient à mobiliser les candidats à l’élection présidentielle, en leur demandant de se positionner sur la création d’une journée nationale contre l’alcool. Toujours dans le combat…

Cet article est aussi disponible en Anglais

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