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On estime qu’en France, près d’une personne sur cinq a souffert ou souffrira d’une dépression au cours de sa vie. Dans 15 à 30 % des cas, les traitements classiques ne suffisent pas, on parle alors de dépression résistante. Ils seraient près d’un million à être concernés en France. Très concrètement, la dépression résistante se caractérise par la persistance de l’épisode dépressif, malgré au moins deux traitements antidépresseurs successifs bien conduits ou qui n’évolue pas suffisamment favorablement. Outre la persistance des symptômes, la dépression résistante se distingue par un retentissement fonctionnel prolongé qui pèse sur la vie sociale, familiale, professionnelle.
Il s’agit de l’une des formes les plus complexes et les plus invalidantes de la dépression. Alors que les patients et les familles sont confrontés à des échecs thérapeutiques répétés et sont en mal de solutions, l’Union nationale des familles de personnes malades psychiques (Unafam) et France dépression, des experts de la communauté scientifique, notamment le Collège national des universitaires de psychiatrie et la Fédération française d’addictologie, réclament une meilleure prise en charge de ces patients. Selon ce plaidoyer, « les patients souffrant de dépression résistante concentrent les épisodes les plus sévères, les plus chroniques et les plus couteux pour le système de santé », avec un poids total pour la société et le système de santé estimé à 14 milliards d’euros par an, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
La dépression résistante est une pathologie à haut risque de complications, en premier lieu le suicide, du fait de la résistance symptomatiques et des comorbidités associés. On constate chez ces patients une mortalité prématurée et une surmortalité liée à des maladies cardiovasculaires, métaboliques ou cancéreuses. La répétition des épisodes dépressifs contribue en outre à une altération des fonctions cognitives et exécutives.
Les conduites addictives concerneraient un patient dépressif sur trois. « Les troubles addictifs et la dépression résistante sont fréquemment associes dans la pratique clinique. Cette comorbidité complique le diagnostic, aggrave le pronostic et peut favoriser la chronicisation des troubles », souligne le Pr. Amine Benyamina, chef de service psychiatrie et addictologie de l’hôpital Paul-Brousse. L’ensemble de ces comorbidités, anxieuses, addictives notamment, complexifient la prise en charge et augmentent le risque de rechute.
Les causes de la résistance thérapeutique sont multifactorielles et la prise en charge doit être globale. On observe ainsi :
Alors que la dépression résistante fait l’objet de recommandations structurées, celles-ci peinent à être mises en œuvre avec de grandes disparités sur le territoire. Ainsi, selon le constat dressé par l’Unafam et France dépression, la prise en charge de la dépression résistante se caractérise par une absence de structuration claire du parcours de soins, avec une multiplicité d’intervenants et un manque de coordination entre les différents spécialistes (les psychiatres d’un côté, les spécialistes des comorbidités somatiques de l’aitre), une hétérogénéité des pratiques et une discontinuité dans le suivi.
Le manque de coordination et la fragmentation de la prise en charge favoriseraient ainsi les prescriptions contradictoires et une mauvaise connaissance globale de la situation du patient.
Le collectif souligne aussi les retards ou mauvais diagnostics. Ainsi, certaines résistances cachent en réalité un faux diagnostic, les épisodes dépressifs étant en réalité un symptôme de bipolarité et non de dépression. La prescription d’antidépresseur peut alors aggraver les symptômes. C’est pourquoi un repérage spécifique des variations d’humeur et des antécédents psychiatriques, une orientation rapide vers un psychiatre, sont essentiels dès les premiers signes de résistance thérapeutique.
Le plaidoyer pointe des disparités territoriales dans l’accès aux soins mais aussi la faible accessibilité en France de certaines molécules pourtant recommandées dans la prise en charge de la dépression résistante. « Lorsque des formes résistantes apparaissent, l’accès aux stratégies thérapeutiques de deuxième et de troisième ligne doit pouvoir intervenir sans retard injustifié : il s’agit d’une nécessité majeure de sante publique », plaide le Pr. Olivier Bonno, président du Conseil national des universitaires de psychiatries.
Les associations et experts formulent des propositions afin de :

Source : Plaidoyer pour une mise à niveau de la prise en charge de la dépression résistante en France (Unafam et France dépression)

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet