Des langoustines contre la bilharziose

[06 août 2015 - 13h50] [mis à jour le 06 août 2015 à 13h59]

Maladie parasitaire la plus répandue après le paludisme, la bilharziose touche 600 millions de personnes dans le monde. Pour lutter contre cette parasitose, des chercheurs franco-américains envisagent la réintroduction de langoustines en rivière. Ces crustacés sont les prédateurs naturels des escargots d’eau, mollusques où sont hébergés les vers à l’origine de la contamination.

Responsable de 300 000 décès chaque année, la bilharziose touche surtout l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique du Sud et l’Asie du sud-est. Cette maladie est véhiculée par un ver d’eau douce, le schistosome. En pénétrant la peau, ce parasite contamine le système sanguin et provoque une réaction inflammatoire chronique dans les tissus qui peut s’aggraver en une fibrose du foie et de la rate ou des lésions graves du système uro-génital pouvant dégénérer en cancer.

Les langoustines attaquent. Contre cette parasitose invalidante et mortelle, l’équipe du Dr Gilles Riveau, chercheur CNRS à l’Institut Pasteur de Lille et directeur du centre de recherche biomédicale sénégalais « Espoir pour la santé », mise sur les langoustines d’eau douce.

Leur pouvoir prédateur a été démontré en laboratoire par des universités californiennes, puis expérimenté une seconde fois au Sénégal. Sur place, les chercheurs ont fait le lien entre la recrudescence de la bilharziose et la récente construction de barrages sélectifs dans le fleuve. « En empêchant l’eau salée de remonter loin à l’intérieur des vallées fluviales, ces barrages ont modifié le milieu et fait disparaitre les langoustines », peut-on lire dans les comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS). Ces crustacés limiteraient-ils la propagation des vers d’eau douce ?

Des contaminations réduites de moitié. Pour vérifier cette hypothèse, les scientifiques ont comparé la situation de deux villages sénégalais. « Dans le premier, un grand nombre de langoustines a été relâché à un point d’accès de la rivière utilisé au quotidien par les habitants ». Dix-huit mois plus tard, le nombre d’escargots infectés par les parasites a diminué de 80% comparé au village témoin, et les nouvelles contaminations humaines ont reculé de 50%.  Une solution préventive à déployer alors que les médicaments ne suffisent pas à soigner cette infection qui progresse rapidement dans l’organisme « Dans un futur très proche, nous (…) envisagerons une véritable réintroduction de ce crustacé dans le fleuve Sénégal », projette le Dr Gilles Riveau.

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