Dickpics non sollicitées : quand l’image devient une violence

29 janvier 2026

Les dickpics non sollicitées font aujourd’hui partie de l’expérience numérique de nombreuses femmes - et parfois d’adolescentes - au point d’être banalisées. Pourtant, il ne s’agit ni d’un flirt maladroit, ni d’un jeu de séduction anodin. Voici ce qu’en dit Nadine Morand, sexologue en Savoie.

Un message s’affiche. Une image s’ouvre. Et sans l’avoir demandé, sans y être préparée, une personne se retrouve confrontée à une photo de sexe masculin. Les dickpics non sollicitées sont un fléau en augmentation. A tel point que sur les applications de rencontres, 42% des femmes inscrites ont déjà reçu une dickpic sans en avoir fait la demande. Un chiffre qui atteint les 63% chez les 18-24 ans, selon un sondage IFOP pour UfancyMe réalisé en 2018.

Selon une étude de 2025 menée auprès de près de 400 femmes espagnoles âgées de 18 à 45 ans, 74% ont déclaré avoir déjà reçu une dickpic non sollicitée. Ces chiffres donnent la mesure du phénomène. Si certaines personnes peuvent tenter de relativiser – « il suffit de supprimer », « ce n’est qu’une image » – la réalité vécue par les personnes qui les reçoivent est souvent bien différente.

Des conséquences multiples et bien réelles

Les effets d’une dickpic non sollicitée peuvent différer selon le contexte, l’âge de la victime, le soutien ou non de son entourage, ses croyances… Mais ils peuvent être de plusieurs ordres :

  • Des effets psychologiques : une perte de confiance en soi, un sentiment d’insécurité, une difficulté à se sentir à l’aise avec sa vie intime ou sexuelle…
  • Des effets physiques : des somatisations, des troubles du comportement alimentaire (TCA), de l’automutilation;
  • Des effets sociaux : un évitement des interactions, une peur de l’intimité ou du lien avec autrui…

Le consentement, au cœur du sujet

Quoi qu’il en soit « une image sexuelle imposée n’est jamais neutre. Elle engage le corps, l’intimité et la sécurité psychique de la personne qui la reçoit », explique Nadia Morand, sexologue en Savoie. Et dans ce cas, même si cet envoi ne peut être considéré légalement comme une agression sexuelle, elle peut relever de plusieurs qualifications juridiques : « une exhibition sexuelle, du harcèlement lorsqu’il y a répétition ou une atteinte sexuelle par surprise, car l’image est imposée sans consentement », décrit-elle. Si la personne destinataire est mineure, il s’agit d’une circonstance aggravante, avec des conséquences pénales plus lourdes.

La question centrale reste celle du consentement préalable. « Dans une vie sexuelle adulte, l’échange d’images dénudées peut parfaitement faire partie d’une relation consentie, désirée et partagée. Le problème n’est donc pas l’image en soi, mais le fait qu’elle soit envoyée sans accord préalable », précise la sexologue.

Il est donc essentiel de rappeler que le consentement ne se résume pas à un simple « oui ». Il doit être « réversible, éclairé, enthousiaste, librement donné et spécifique », détaille Nadia Morand. « L’erreur fréquente, c’est de penser que montrer son corps est un cadeau et donne un droit en retour. Et c’est malheureusement ce que de nombreux envoyeurs de ces photos imaginent », poursuit-elle. « Ils pensent ‘Si j’envoie une photo de moi, j’ai droit à la même chose en retour’. Ce qui est évidemment faux à tout point de vue. »

Que faire, où trouver de l’aide ?

Le portail officiel de signalement des contenus illicites sur Internet PHAROS permet de signaler des envois non consentis.

Le 3018 est une numéro vert gratuit et anonyme, accessible tous les jours de 9h à 23h. Il offre écoute et accompagnement par des psychologues et juristes, soutien aux victimes et aux témoins de cyberharcèlement et point d’entrée unique pour les adolescentes et leurs parents.

Des associations ressources comme e-Enfance ou vscyberh.org sont aussi accessibles.

  • Source : interview de Nadia Morand, sexologue – Revue Violence Against Women - Étude Ifop pour UfancyMe réalisée par internet du 17 au 19 octobre 2018 auprès d’un échantillon de 1 031 personnes s’étant déjà inscrites sur un site de rencontre, extrait d’un échantillon national représentatif de 2 523 personnes âgées de 18 ans et plus.

  • Ecrit par : Dominique Salomon – Edité par : Emmanuel Ducreuzet

Destination Santé
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