Ebola: quel bilan après un an d’épidémie ?

[06 mars 2015 - 14h07] [mis à jour le 23 mars 2015 à 16h30]

Catastrophe sanitaire, situation incontrôlable, imprévisible… De nombreux termes, tous dans le même registre, ont été utilisés pour évoquer l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière de l’histoire. Il y a tout juste un an, en mars 2014, celle-ci était officiellement déclarée, alors que le virus se propageait déjà depuis décembre 2013. Personne, pas même l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) n’avait anticipé l’ampleur de cette flambée. Tarik Jašarević, porte-parole de l’OMS a vécu de près l’évolution de la situation tout au long de cette interminable année.

La survenue d’une épidémie d’Ebola n’a pas vraiment surpris au sein de l’OMS. D’autres s’étaient déjà produites dans le passé. « Ce qui était différent, dès le départ », note toutefois Tarik Jašarević, « c’était la zone géographique touchée. » En effet, cette partie du monde, en Afrique de l’Ouest, n’avait jamais été concernée par le filovirus.

Dès que le premier cas a été confirmé en Guinée, le 25 mars 2014, « tous les dispositifs prévus dans ce type de circonstances ont été déployés sur le terrain », raconte-t-il. Mais « au cours du mois de mai, nous avons tous senti que quelque chose ne tournait pas rond. » Même si les chiffres n’étaient pas encore alarmants (environ 200 cas déclarés), « les malades ne se rendaient pas dans les centres de traitement ». Résultat, le virus se propageait, sans que les soignants sachent où se trouvaient les malades.

La Guinée, comme le Libéria et la Sierra Léone, sont des pays pauvres sans réel système ou infrastructures de santé. Ce qui fut, dès le départ, et encore aujourd’hui, un frein dans la lutte contre le virus. De plus, les premiers malades sont venus de zones particulièrement enclavées, au cœur de la forêt. Une série de difficultés qui a rendu difficile le travail des équipes internationales, et qui afavorisé une situation catastrophique.

Des infrastructures insuffisantes

Au fil des jours, le nombre de contaminations ne faisait mécaniquement qu’augmenter. Les malades mouraient et infectaient leur entourage. « Au mois de juillet, la situation s’est largement dégradée », indique Tarik Jašarević. A cette période, le Libéria et la Sierra Léone ont vu le nombre de cas exploser. « Nous avons été rapidement débordés… »

Le monde a alors pris conscience de la catastrophe sanitaire qui se déroulait depuis déjà des mois dans ces trois petits pays d’Afrique de l’Ouest. C’est durant l’été que la situation a été la plus difficile. « C’était horrible. Les malades qui venaient dans les centres pour se faire soigner étaient rejetés par manque de place et de moyens », décrit-il. « Il a fallu du temps pour développer les capacités d’accueil. » Après les appels lancés notamment par Médecins sans frontières, les Nations Unies ont enfin établi une mission d’aide spécifique à la fin de l’été. « Ce n’est ensuite qu’en octobre que la capacité d’accueil de malades dans les centres de traitement spécifiques a été à nouveau suffisante », poursuit Tarik Jašarević.

Face à cette situation désastreuse, les médecins ont accéléré la recherche vers la mise au point d’un traitement et d’un vaccin contre ce virus mortel. Aujourd’hui, un an après la déclaration de l’épidémie, « il y a suffisamment de lits, de centres de traitement et d’équipes de funérailles », indique-t-il. « Il y a même des centres qui ferment dans certains endroits car il n’y a plus de patients. » Pour autant, « c’est loin d’être fini », avertit le porte-parole de l’OMS. Nous sommes loin de zéro cas.

Ne surtout pas lâcher la pression

C’est l’objectif : « zéro cas d’Ebola ». Et vite. « Avant que la saison des pluies ne débute », explique Tarik Jašarević. Car dès la fin avril, « les conditions météorologiques rendront encore plus compliquée la situation en matière logistique notamment ». Et tant qu’il y aura, ne serait-ce qu’un seul cas d’Ebola, cela signifie que le virus court toujours. « Et que l’épidémie peut repartir de plus belle, car un seul enterrement non sécurisé peut contaminer des dizaines de nouvelles victimes ! »

Alors, les équipes sur place continuent de travailler pour circonscrire l’épidémie. « L’OMS a plus de 700 personnes sur le terrain. Et il faut conserver ce niveau d’intervention à tout prix ! » conclut-il.

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