Enfants : la frustration, ça s’apprend ?

[17 janvier 2019 - 16h49] [mis à jour le 17 janvier 2019 à 16h50]

Savoir patienter avant d’obtenir ce que l’on désire. Cette capacité à supporter un certain degré de frustration est essentielle à l’équilibre individuel et à la vie en collectivité. Les enfants l’acquièrent avec l’aide active de leurs parents. Explications du Pr Philippe Duverger, pédopsychiatre au CHU d’Angers.

Avoir tout, tout de suite. Les enfants en bas âge ne disposent d’aucune capacité à différer leurs désirs et leurs besoins. Pourtant, en grandissant, ils acquièrent une compétence essentielle au bien-être, à la liberté individuelle et à la vie en société : celle d’accepter la frustration. C’est vers l’âge de 3 ans environ que petit à petit l’enfant doit éprouver de la frustration et commencer à accepter de ne plus être dans la toute puissance.

Mais comment faire pour aider votre enfant à passer ce cap ? « Pour qu’il accepte la frustration, il faut que l’enfant s’inscrive dans un lien de confiance avec son parent », explique le Pr Duverger. « On accepte une frustration quand on a confiance en celui qui nous l’impose. Si l’on considère qu’il est légitime à nous l’imposer. » Il ne s’agit donc pas d’une « relation de pouvoir mais d’autorité ».

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? « En réalité, dans 80% des cas les parents inculque naturellement ce sentiment de frustration à leur enfant », assure-t-il. Ainsi par exemple, « lorsqu’il réclame un bonbon alors qu’il est l’heure du dîner ou qu’il veut aller à la piscine mais que c’est le moment d’aller à l’école ou qu’on a prévu d’aller chez les grands-parents, il ne faut pas céder », explique-t-il. Il apprend dans ces situations à différer et donc à accepter et mieux vivre la frustration. Laquelle est essentielle « pour se construire une véritable identité humaine et sociale ». Et dans tous les cas, « il est faux de penser qu’en comblant l’enfant il sera heureux », ajoute-t-il.

Et si l’enfant n’est pas capable de supporter la frustration ? « Lorsque le parent va mal, il n’est parfois pas capable d’instaurer une situation de confiance. Ce qui angoisse l’enfant », détaille Philippe Duverger. « Alors, la transmission de cette capacité à différer ne se fait pas. »

Puis à l’âge adulte, « cela donne des gens malheureux,  inscrits dans le besoin, dans des angoisses au niveau relationnel, qui doutent d’eux-mêmes en permanence », analyse-t-il. « Ils sont incapables d’attendre, d’être seuls. C’est tout le contraire de la liberté. »

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