Epidémie d’Ebola, un risque de propagation bien réel

[30 juillet 2014 - 14h51] [mis à jour le 30 juillet 2014 à 14h54]

Guinée, Libéria, Sierra Leone et Nigéria. L’épidémie d’Ebola risque à présent de toucher d’autres pays. C’est en tout cas ce que prédit le directeur des opérations de l’organisation Médecins sans frontières (MSF), Bart Janssens, dans un entretien à nos confrères de la Libre Belgique.

Incontrôlable. La situation face au virus Ebola en Afrique de l’Ouest ne s’est pas améliorée ces derniers mois. Bien au contraire. « Cette épidémie est sans précédent, absolument pas sous contrôle et la situation ne fait qu’empirer, puisqu’elle s’étend encore, surtout au Liberia et en Sierra Leone, avec des foyers très importants », martèle Bart Janssens. « Si la situation ne s’améliore pas assez rapidement, il y a un réel risque de voir de nouveaux pays touchés. » Pour autant, il admet que « c’est difficile à prévoir, car nous n’avons jamais connu une telle épidémie. »

Pour lui, « c’est à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et aux gouvernements de déployer et d’organiser davantage de moyens pour amener les efforts et la capacité au niveau requis pour commencer un début de contrôle de cette épidémie ». Dans son dernier communiqué, l’ONG indiquait le 24 juillet que « les ressources humaines de MSF sont déjà très sollicitées et les autorités sanitaires, ainsi que les organisations internationales ont le plus grand mal à endiguer l’épidémie ».

Du côté de l’OMS, le discours est plus mesuré mais l’inquiétude est bien présente. Cette épidémie est « un défi très grand », souligne Gregory Härtl, porte-parole de l’organisation répondant à une interview de nos confrères de Radio Canada ce mercredi. « Nous appelons tous nos partenaires, partout dans le monde, à faire tout ce qui est possible pour envoyer des gens et du matériel. Sans plus de matériel, de personnes, ça va se répandre. Pour endiguer cette flambée nous avons besoin de plus de ressources. »

Quelles mesures ?

Le Libéria a décidé de fermer partiellement ses frontières. Plusieurs compagnies aériennes (la togolaise Asky et la nigériane Arik Air) ont suspendu leurs vols en Sierra Leone et au Libéria. Les passagers au départ de Conakry, la capitale guinéenne, devraient eux, être soumis à un contrôle sanitaire pour détecter d’éventuels symptômes. Suite à ces décisions, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI, une agence de l’ONU) et l’OMS ont annoncé ce mardi 29 juillet qu’elles allaient se réunir d’urgence pour réfléchir à la façon de limiter la propagation.

Des pays européens commencent, eux aussi à s’inquiéter d’une propagation plus large. « Ebola est une menace (pour le Royaume-Uni n.d.l.r.) et nous devons y faire face en mettant en place le mécanisme Cobra », a déclaré ce mercredi le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond. Il s’agit d’une procédure de gestion de crise Outre-manche. Plus tôt dans la journée, le chef scientifique du gouvernement Mark Walport affirmait au Daily Telegraph que « les maladies infectieuses émergentes étaient un défi global. Nous avons été chanceux avec le SRAS mais nous devons rester vigilants. » Pour l’OMS, il est « très difficile de prédire si d’autres pays seront touchés », indique Gregory Härtl.

Un bilan de plus en plus lourd

Le nombre de cas et de morts ne cesse de croître depuis le début de l’épidémie en mars 2014. Au total, 1 201 cas dont 672 mortels, selon le dernier bilan de l’OMS. Parmi eux, le Dr Umar Khan, un virologue sierra-leonais de 39 ans, diagnostiqué quelques jours auparavant, puis transféré dans un centre médical géré par MSF dans le nord du pays. Qualifié de « Héros national » par le ministre de la Santé de son pays, ce responsable médical du centre de traitement contre le virus Ebola à Kenema, dans l’est du pays, est mort mardi après-midi.

D’autres professionnels de santé ont été contaminés par le virus Ebola. Parmi eux, au Libéria, deux Américains, dont un médecin, sont encore soignés dans un des centres de santé. Ce qui montre bien les dangers auxquels s’exposent ces professionnels dans la lutte contre l’épidémie. « Il est rare qu’il y ait des morts parmi les professionnels de santé à ce stade d’une épidémie », note Gregory Härtl. Par conséquent, « on se demande si l’on doit prendre des précautions supplémentaires pour protéger les gens qui sont sur la ligne de front. »

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