Fibrose du foie : 1,5 % des adultes ignorent qu’ils sont touchés

31 mars 2026

D’après le consortium européen LiverScreen, 1,5 % des adultes en Europe auraient une maladie du foie sans le savoir, en l’occurrence une fibrose hépatique. Un argument en faveur d’un dépistage à large échelle, en particulier passé la quarantaine, pour éviter la progression vers la cirrhose et ses complications.

La prévalence d’une maladie chronique du foie non diagnostiquée, précisément la fibrose hépatique, toucherait 1,5 % des individus dans la population générale, selon les résultats rendus publics le 22 mars et issus du projet européen LiverScreen auquel participaient des centres français.

La fibrose hépatique correspond à la formation de tissu cicatriciel dans un foie régulièrement endommagé par des maladies, des infections, une consommation excessive d’alcool ou des troubles métaboliques. Ce tissu cicatriciel remplace progressivement le tissu sain, rendant le foie plus rigide et moins capable de remplir ses fonctions (filtrer le sang, produire des protéines, stocker l’énergie…). Si la fibrose progresse, elle peut évoluer vers la cirrhose, où des complications graves peuvent apparaître, dont le cancer.

Quel est le poids de la fibrose du foie en population générale ?

Les chercheurs ont pu estimer la fibrose hépatique à partir d’une population de 30 199 participants de 9 pays européens (Espagne, Danemark, Italie, Slovaquie et Croatie, Royaume-Uni, France, Pays-Bas, Allemagne). Chaque participant (à partir de 40 ans, âge où la fibrose commence à s’installer) a bénéficié d’un examen clinique, d’une évaluation de la consommation d’alcool, de tests sanguins et d’un FibroScan (Echosens) un appareil qui permet de mesurer l’élasticité du foie et donc de repérer la fibrose.

Des signes de fibrose hépatique chez 6,9 % des participants

Le dépistage a révélé des signes de fibrose hépatique chez 6,9 % des participants. Un résultat était considéré comme positif lorsque le foie semblait plus rigide que la normale (mesure ≥ 8 kPa, pour kilospascals) et/ou lorsque certaines enzymes du foie (ALAT, notamment) étaient élevées.

Une élasticité hépatique supérieure à 8 kPa concernait 4,6 % des participants (dont 2,5 % au-dessus de 10 kPa et 0,8 % au-dessus de 15 kPa, niveau évoquant une cirrhose). Cette proportion variait selon le profil métabolique : 1,3 % chez les personnes sans facteur de risque et jusqu’à 20,7 % chez celles présentant quatre facteurs de risque !

De plus, une consommation excessive d’alcool augmentait encore cette prévalence : 1,9 % chez les personnes sans facteur de risque, et jusqu’à 37,1 % chez celles en présentant quatre.

Les principaux facteurs associés à une élasticité hépatique supérieure à 8 kPa étaient l’obésité, le diabète de type 2 et une consommation excessive d’alcool, avec des risques multipliés respectivement par 3,4, 3 et 1,7.

Des données en faveur d’un dépistage précoce ciblant les facteurs de risque 

Au total, 8 % des participants ont été adressés à un centre spécialisé pour des examens complémentaires dont près d’un tiers présentaient une maladie chronique du foie avec fibrose, soit environ 1,5 % de l’ensemble des participants. Dans la grande majorité des cas (93 %), il s’agissait d’une atteinte liée à des troubles métaboliques (comme le surpoids ou le diabète), que l’on appelle stéatopathie métabolique.

Pour le Pr Laurent Castera, hépatogastro-entérologue dans le Service de CUDC Centre Universitaire du Diabète et de ses Complications (Hôpital Lariboisière- Paris- Hôpital Beaujon – Clichy) et membre du consortium LiverScreen, « trop souvent les maladies du foie ne sont diagnostiquées qu’au stade de cirrhose, parfois lors de complications. Pour un dépistage en population générale, la biopsie du foie est clairement inappropriée. Aujourd’hui, les tests non invasifs mesurant l’élasticité du tissu hépatique permettent de détecter un spectre beaucoup plus large de patients que le diagnostic clinique ou la biopsie seule, et surtout d’initier des mesures adaptées ou des traitements. Par exemple, dans la stéatohépatite métabolique, des options thérapeutiques existent dès que les patients sont dépistés ».

De nombreux experts français, notamment de l’Association française pour l’étude du foie (AFEF), souhaitent que soit intégrée la mesure de l’élasticité hépatique aux bilans pris en charge par l’Assurance maladie, en complément des enzymes du foie (transaminases).

De tous les facteurs de risque de fibrose, le diabète est celui qui pèse le plus lourd

Ainsi la fibrose hépatique non diagnostiquée est fréquente dans la population générale et elle est principalement liée aux facteurs de risque métabolique et à la consommation d’alcool. Les facteurs de risque ne « pèsent pas tous le même poids, et le diabète est sans surprise celui qui contribue le plus à la fibrose du foie », souligne le Pr Castera.

Dans cette « photographie » européenne, plus des deux tiers des participants (70 %) présentaient au moins un facteur de risque métabolique : surpoids (40 %), obésité (26 %), dyslipidémie (53 %), hypertension artérielle (35 %) et/ou diabète de type 2 (10 %).

Par ailleurs, 59 % déclaraient consommer de l’alcool, dont 7 % de manière excessive.

  • Source : Suivi des Journées francophones d’hépato-gastroentérologie et d’oncologie digestive (JFHOD, Paris) et de la session Late Breaking news du 22 mars 2026 : Prévalence de la fibrose hépatique dans la population générale : une étude de cohorte multinationale européenne. Le projet LiverScreen.

  • Ecrit par : Hélène Joubert - Édité par Emmanuel Ducreuzet

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