Infertilité : l’histoire du don de sperme

[30 mai 2016 - 16h51] [mis à jour le 30 mai 2016 à 17h32]

En France, la création des centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos), en 1973, marque un tournant dans la prise en charge de l’infertilité. Masculine dans un premier temps, puisque seul le don de sperme est d’abord concerné. Alors que le débat reste aujourd’hui vif concernant les questions éthiques relatives à la procréation médicalement assistée (PMA) dans notre pays, un livre raconte les débuts d’une médecine à part. Au travers d’entretiens avec le Pr Georges David, fondateur des Cecos et membre de l’Académie nationale de médecine, vous découvrirez le monde médico-hospitalier et biomédical des décennies d’après-guerre. Entre conservatisme et révolutions scientifiques.

« Dans les années 1950 et 1960, quelques services et laboratoires assuraient des examens de sperme et pratiquaient occasionnellement des inséminations, intra-conjugales ou avec donneur », raconte Georges David. Malgré cela, de nombreux couples ne parviennent pas à avoir des enfants. C’est ce qui pousse l’obstétricien à mettre en place un système de don et de conservation du sperme de donneurs volontaires.

Au début, le monde médical est pour le moins réticent et le feuilleton de la création des Cecos n’est pas sans rebondissements. Mais comme il voulait « agir au grand jour », Georges David s’est « entêté dans l’idée de faire reconnaître l’insémination avec donneur comme faisant pleinement partie de la médecine, avec toutes les obligations que cela imposait au praticien ».

Un témoignage historique et personnel

Toute la chronologie de la création de ces centres qui permettent aux hommes infertiles en raison d’un dysfonctionnement spermatique d’avoir des enfants depuis 1973 est révélée dans ce livre. Mais ces entretiens recèlent bien davantage. Une ambiance, la « température » d’une époque, étalée entre 1945 et les années 1980, par la voix et l’expérience très personnelle d’un personnage important de cette histoire.

La lecture de cet ouvrage est passionnante et instructive. Elle fournit au lecteur une connaissance préalable à une réflexion concernant l’avenir de la PMA. Faut-il autoriser le don d’ovocyte financièrement dédommagé afin d’encourager les volontaires ? La France devrait-elle permettre aux femmes seules ou en couple homosexuel d’avoir accès au don de sperme ? Si la création des Cecos et l’idée même d’insémination artificielle avait soulevé des questions éthiques quelques décennies en arrière, l’infertilité n’a pas fini d’interroger notre société.

Inventer le don de sperme, entretiens avec Georges David, fondateur des Cecos, de Fabrice Cahen et Jérôme van Wijland, Editions Matériologiques, 114 pages, 9 euros

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