La néphrologie a perdu l’un de ses pères

[17 novembre 2014 - 16h44] [mis à jour le 17 novembre 2014 à 16h46]

richetLe mois dernier s’éteignait une grande figure de la médecine en générale et de la néphrologie en particulier. Né en 1916, Gabriel Richet représentait la 4ème génération d’une lignée illustre de médecins, tous professeurs à la Faculté de médecine de Paris. Son grand père, Charles Richet, avait même reçu le Prix Nobel en 1913 pour la découverte de l’anaphylaxie. A travers des extraits d’interviews et de ses propres écrits, Destination Santé a souhaité rendre hommage à ce membre de l’Académie de médecine et spécialiste du rein.

Chez les Richet, la médecine est une affaire de famille. Héritage pour le moins difficile à porter… Mais qui n’empêche pas Gabriel Richet de se lancer à son tour. « La médecine que j’ai découverte au cours de mes études (…) nous était enseignée de manière si stupide que j’ai failli la prendre en horreur » a-t-il lancé un jour. « Je tenais de mon grand-père que le laboratoire et la médecine sont indissociables et qu’on ne peut pas faire de progrès en médecine et en physiologie s’il n’y a pas de lien entre les deux… Or il a fallu attendre le milieu du XXe siècle pour que la recherche entre à l’hôpital ! »

Il n’a que 23 ans lorsque le Seconde Guerre mondiale éclate. Et là encore, les Richet sont en première ligne. Dans les commandos, Gabriel est blessé. « Cela m’a permis de découvrir les progrès réalisés par la médecine américaine. Pour m’extraire une balle, on m’a endormi au penthotal vers deux heures du matin et je me suis réveillé vers trois heures de l’après-midi pour manger un ragoût et fumer une cigarette… ».

Rétrospectivement, le 6 juin 1944 lui est apparu comme une grande date dans l’histoire de la médecine française ! Un grand vent de liberté et de progrès allait dès lors souffler « sur nos vieux hôpitaux. » Démobilisé, Gabriel Richet rejoint le service du Pr Louis Pasteur Valléry Radot où il rencontre Jean Hamburger qu’il suit à l’hôpital Necker pour créer en 1950 le 1er service français de néphrologie. « À l’époque, nous étions d’accord pour penser qu’il fallait orienter la médecine vers la recherche. »

C’est en 1952 que date le retentissement de la néphrologie de Necker dans le monde. Marius Renard, un  charpentier de 16 ans était tombé d’un toit entraînant des lésions majeures de l’unique rein qu’il avait. Les chirurgiens n’avaient eu d’autre choix que d’en faire l’exérèse. « Il avait alors été hospitalisé dans notre service où il bénéficia de la première transplantation rénale… qui a failli réussir. Mais  un rejet de la greffe est survenu ; le petit a cessé d’uriner au quatorzième jour et il est mort.» Jean Hamburger n’a alors plus qu’une idée en tête, se lancer dans l’aventure de la greffe.

« Laisser la liberté aux élèves »

En 1954, Gabriel Richet est envoyé aux Etats-Unis d’où il rapporte un rein artificiel… mais aussi une nouvelle technique, celle des biopsies rénales. Dès lors, il participe à tous les travaux qui font la renommée mondiale du service de néphrologie. Citons l’allogreffe rénale entre mère et fils en 1952 qui ouvre la voie aux succès ultérieurs, les premières études des reins en microscopie électronique…

Puis en 1961, il décide de voler de ses propres ailes. Il quitte Necker. Direction Tenon, où il restera jusqu’à sa retraite en 1985. « C’était un hôpital oublié des projets de modernisation. Mon Service était à l’image de la vie hospitalière de la période de l’après-guerre, deux grandes salles, sans chambres individuelles, tous les espaces disponibles étant occupés par des lits supplémentaires, les fameux « brancards » », déplorait-il. Il y crée un centre de néphrologie clinique et de recherche qui lui permettra de fonder une grande école de néphrologie. Une vraie réussite comme le prouve le nombre important de néphrologues français et étrangers qui y furent formés.

« Il est impossible d’énumérer tous les travaux et découvertes qui jalonnent cette période de 24 ans », expliquait le Pr Raymond Ardaillou (Secrétaire perpétuel de l’Académie nationale de médecine) qui l’avait accompagné dans l’aventure Tenon. « Gabriel Richet avait sa propre équipe de recherche et fut le premier à décrire une variété de cellules « sombres » rénales impliquées dans l’excrétion des ions acides. Il laissa toujours à ses élèves une grande liberté dans leurs sujets de recherches et se réjouissait de les voir acquérir une reconnaissance internationale. »

Et quand on lui demandait ce qu’il retenait de sa vie, il avait cette réponse : « le sentiment du travail accompli. Par mes travaux scientifiques, bien sûr, mais surtout parce que je crois avoir aidé à l’épanouissement de mes élèves. Dans un service clinique, pour former les hommes, il faut trouver l’équilibre entre l’initiative, par essence hasardeuse, et le perfectionnement au quotidien. Les grands médecins qui ont fait avancer la médecine ont été formés par cette méthode. Il ne faut pas chercher à aller tout de suite sur la lune, mais en même temps il ne faut pas se contenter d’exécuter de manière routinière. »

A sa retraite, Gabriel Richet a laissé comme héritage deux services de néphrologie, un service d’explorations fonctionnelles, une unité INSERM, sans compter tous les services de néphrologie de Paris et de province dirigés par ses élèves.

Partager cet article