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Mardi 6 janvier, de nombreux articles français se faisaient l’écho d’une information du tabloïd allemand Sport Bild, concernant une nouvelle pratique de fraude dans le saut à ski. Selon l’hebdomadaire, certains athlètes recevraient des injections d’augmentation pénienne. Objectif : élargir la surface règlementaire de leur combinaison pour prolonger le temps passé en l’air. Au-delà du sport, les demandes d’agrandissement/élargissement péniens sont en augmentation dans le monde et cette question a conduit la société européenne d’urologie à publier des recommandations en 2023 tandis que des sessions sont organisées chaque année lors du congrès français des chirurgiens urologues (CFU).
Lors de la dernière édition en novembre 2025, la Dre Charlotte Methorst commentait : « les demandes d’agrandissement pénien sont de plus en plus fréquentes au cours de la dernière décennie et les statistiques reflètent ce constat que nous faisons au quotidien. » L’International Society of Aesthetic Plastic Surgery comptabilisait 15 414 interventions d’agrandissement pénien réalisées dans le monde. L’Allemagne arrivait en tête avec 2 786 actes, soit 18 % du total.
En France, peu de chiffres en l’absence de registre national et du fait de la difficulté d’identifier les actes de chirurgie (grande multiplicité des techniques/indications). Selon la Dre Methorst, « cette progression s’explique par une acceptation sociale accrue de la chirurgie intime masculine, une amélioration des techniques opératoires, ainsi qu’une influence croissante des médias et de l’industrie pornographique sur les normes corporelles perçues ».
Selon un sondage auprès de 5 000 hommes, 12 % estiment que leur pénis est petit. Si 55 % le considèrent dans la moyenne, ils aimeraient néanmoins pour 46 % une taille supérieure. Au total, 36 % des interrogés souhaitent un pénis plus grand.
La « normalité » d’un pénis est une longueur de plus de 9 -10 cm en érection, plus de 4 cm au repos (en appliquant une règle contre l’os pubien jusqu’à l’extrémité) et avec 8,5 à 10,5 cm de circonférence.
Le micropénis (une longueur en érection inférieure à 7 cm) concerne 0,6 % de la population masculine. Il peut être dû à des anomalies du développement génital, des séquelles liées à des chirurgies et radiothérapies anticancéreuses…
Attention, la dysmorphophobie du pénis, soit la perception d’une taille jugée insuffisante alors même que les dimensions se situent dans les normes, concernerait environ 10 % des hommes. D’ailleurs, « la majorité des demandes d’agrandissement pénien proviennent de patients présentant une anatomie normale mais une perception pathologique de leur corps, d’où l’importance d’une évaluation poussée par le praticien », fait remarquer Charlotte Methorst.
Le Dr Lucas Freton, urologue spécialisé en reconstruction génito-urinaire (CHU de Rennes) explique : « si le patient a un pénis fonctionnel, il vaut mieux éviter la chirurgie. Un pénis fonctionnel est suffisamment droit, long et rigide pour permettre la pénétration et assure une miction normale. Dans ce cas, une chirurgie esthétique comporte beaucoup de risques, car elle peut compromettre ces fonctions ».
Ainsi, la chirurgie d’agrandissement pénien (diverses techniques lourdes et complexes) est réservée aux indications médicales avérées : micropénis anatomique avec retentissement fonctionnel (difficultés de pénétration, problèmes d’hygiène), pénis enfoui suite à une adiposité abdominale ou prépubienne importante, ou reconstruction post-traumatique. « Les demandes motivées uniquement par des préoccupations esthétiques ou psychologiques doivent être orientées vers une prise en charge non chirurgicale », ajoute le chirurgien, à l’instar des cas de dysmorphophobie.
En dehors des délicates chirurgies d’agrandissement pénien dans des indications médicales rares, d’autres techniques chirurgicales et médicales sont accessibles à tous les hommes qui souhaitent gagner quelques centimètres. Mais toutes comportent des risques, anatomiques, fonctionnels, infectieux, etc.
· Les plasties d’allongement du pénis à l’état flaccide : les résultats de ces techniques de chirurgie plastique en VY (incision au niveau de la peau pratiquée au niveau du pubis) ne sont pas connus. La littérature décrit généralement un mélange de techniques, associant une petite plastie, un prélèvement de graisse et de liposuccion sus-pubienne, qui aboutit au résultat final.
· La section du ligament suspenseur du pénis : il s’agit de la technique la plus fréquemment pratiquée. La procédure commence par une incision en VY, permettant d’isoler le ligament. Pour limiter la re-cicatrisation du ligament, on place souvent un petit implant testiculaire. Cette approche peut allonger le pénis d’environ un centimètre (parfois jusqu’à 3 cm), mais la satisfaction immédiate est mitigée, avec seulement 30 à 65 % des patients réellement satisfaits.
Les effets secondaires sont liés à la fonction même du ligament suspenseur, qui est là pour assurer la stabilisation du pénis lors de la pénétration. Après section, certains patients signalent des pénétrations instables. « Pour cette raison, je considère que sectionner le ligament sur un pénis qui fonctionne bien comporte un risque important et n’est pas recommandé », renchérit Lucas Freton. Parmi les complications, on peut aussi observer un raccourcissement du pénis ainsi que des lésions des cordons qui transportent le sperme et des branches vasculo-nerveuses de la verge.
· L’injection d’agent comblant dit autologue, généralement de la graisse prélevée sur le patient lui-même (lipofilling). La procédure débute par une liposuccion pour amincir légèrement la base du pénis, suivie d’une injection de la graisse dans le pénis. Cette approche peut permettre un gain en largeur (au moins 2cm en moyenne, selon les études) et, du fait du poids ajouté sur l’organe, un léger allongement.
Toutefois, la rigidité érectile peut être réduite par cette graisse présente autour du pénis, compromettant la pénétration. Le taux de complications rapporté dans les séries peut atteindre 49 %, ce qui rend cette technique discutable, notamment sur des pénis qui fonctionnaient parfaitement.
· L’injection d’agent comblant à base d’acide hyaluronique : cette technique fait l’objet de nombreuses publications, surtout récentes, et bénéficie de recommandations de la société de chirurgie plastique pour son utilisation. Les résultats rapportés sont globalement satisfaisants (1,4 à 3,78 cm de gagné en moyenne selon les publications), même si les séries de patients sont limitées. L’avantage de l’acide hyaluronique est la possibilité théorique d’inverser l’injection à l’aide de l’antidote, la hyaluronidase, si le résultat n’est pas satisfaisant.
A savoir : Attention aux injections de silicone (souvent réalisées en Europe de l’Est) et même d’autres produits non recommandés (paraffine…). Ils peuvent entraîner des déformations et d’importantes complications, des infections au niveau du fourreau pénien (la peau qui recouvre le pénis) qui imposent une chirurgie lourde pour parvenir à « réparer » tant bien que mal l’organe. Et, de manière générale, outre les éventuelles déformations et autres infections, les injections quelles qu’elles soient peuvent être responsables de zones d’ischémie au sein du pénis et donc de nécrose des tissus nécessitant des reprises chirurgicales lourdes.

Source : Congrès CFU novembre 2025 (Paris) « Table ronde 5 - Pénis de petite taille ou dysmorphophobie » ; Falcone M, et al. European Association of Urology Guidelines on Penile Size Abnormalities and Dysmorphophobia: Summary of the 2023 Guidelines > Eur Urol Focus. 2023 Sep 12:S2405-4569(23)00197-9. doi : 10.1016/j.euf.2023.08.012 ; David Veale et al. Am I normal? A systematic review and construction of nomograms for flaccid and erect penis length and circumference in up to 15 521 men, BJUI, 08 December 2014.

Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Emmanuel Ducreuzet