L’alcool et le fœtus : 8 500 petites victimes par an… en France

[24 janvier 2013 - 14h54] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h55]

Les victimes de troubles causés par l’alcoolisation fœtale présentent de grandes difficultés à se repérer dans l’espace et dans le temps. ©Phovoir

Grave retard de croissance, altérations de la face – ou dysmorphie faciale – malformations cardiaques, rénales et surtout cérébrales à l’origine d’une déficience intellectuelle et de troubles comportementaux. La consommation d’alcool pendant la grossesse expose l’enfant à naître à des risques sérieux. En France, plus de 20% des femmes enceintes, négligent la recommandation  de pratiquer le principe du zéro alcool pendant la grossesse. Résultat, 1 nourrisson sur 100 – soit 8 500 chaque année – naît porteur d’un trouble causé par l’alcoolisation fœtale. Parmi ces derniers, 850 – soit 1 enfant sur 1 000 – présentent la forme la plus grave de ces troubles : le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF).

Les cas les plus graves relèvent du syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF). Ils concernent 1 nouveau-né sur 1 000, chaque année, en France. Les petites victimes présentent « un retard de croissance important et une dysmorphie faciale. Leur visage est assez reconnaissable, avec des yeux plus petits et écartés, une lèvre supérieure plus fine, et une disparition du sillon situé entre la bouche et le nez  » indique Stéphanie Toutain. Vice-présidente de l’association SAF France, elle est chercheuse au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3 – Université Cité Sorbonne – CNRS – INSERM).

D’autres atteintes sont également observées chez ces enfants. Des malformations cardiaques et rénales par exemple, mais aussi cérébrales. Ils souffrent donc souvent d’une déficience intellectuelle, et de troubles cognitifs plus ou moins prononcés.

Une inadaptation sociale programmée

« Les petits qui souffrent des formes les moins sévères n’ont pas ou peu de dysmorphie et de troubles de la croissance », précise Stéphanie Toutain. Leur cerveau pourtant, est bel et bien lésé. Ce qui entraîne des troubles des apprentissages et du comportement. « Ils ne peuvent pas rester en place, ils sont sujets à des colères incontrôlables et ont des problèmes d’adaptation sociale. » Ces troubles du comportement, observés au cours de l’enfance, peuvent avoir de graves conséquences à l’adolescence et a fortiori à l’âge adulte. « Ces enfants deviennent souvent des délinquants, car ils manquent d’inhibition et ne distinguent pas le bien du mal ».

Toutes formes confondues, les conséquences de l’alcoolisation fœtale représentent  la première cause de déficience mentale et d’inadaptation sociale, devant même la trisomie 21. Rappelons que la recommandation des autorités de Santé se résume en un slogan : « Zéro alcool pendant la grossesse ». Stéphanie Toutain va même plus loin : « Si vous ne voulez prendre aucun risque pour la santé de votre enfant, ne consommez pas d’alcool dès (que vous avez un) projet de grossesse ».

Ecrit par : Dominique Salomon – Edité par : Emmanuel Ducreuzet et Marc Gombeaud

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