© New Africa/Shutterstock.com
L’apnée du sommeil – ou le syndrome des apnées-hypopnées du sommeil (SAHOS) – est un trouble de la ventilation nocturne causé par la survenue anormalement fréquente de pauses respiratoires durant la nuit. Près d’un milliard de personnes seraient touchées dans le monde. En France, environ 1,8 million de personnes seraient traitées par pression positive continue, le traitement de référence en cas d’apnées modérées à sévères.
L’apnée du sommeil provoque des épisodes de manque d’oxygène, appelés hypoxie intermittente. Selon l’Inserm, chez les personnes qui souffrent du syndrome d’apnées du sommeil, la fermeture du pharynx – complète ou incomplète – se produit au moins 5 fois par heure de sommeil, pendant au moins 10 à 30 secondes à chaque fois (et parfois pendant une minute et demie ou même plus). Certains patients connaissent plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’apnées/hypopnées au cours d’une même nuit.
Une étude de l’Université Grenoble Alpes, de l’Inserm et du CHU Grenoble Alpes, publiée le 25 février 2026 dans la revue Science Advances, montre que ces épisodes réorganisent l’horloge biologique du foie, modifiant les rythmes quotidiens de son activité métabolique. Les chercheurs ont utilisé un modèle murin d’hypoxie intermittente chronique pour analyser, sur l’ensemble du cycle jour-nuit, les effets de l’apnée du sommeil sur l’organisme. Ils ont choisi de se focaliser sur le foie, organe central de la régulation énergétique, qu’ils ont analysé selon plusieurs approches. Objectif : suivre les adaptations de l’activité métabolique hépatique au fil du temps.
Les chercheurs ont pu observer que l’hypoxie intermittente altère certaines voies énergétiques majeures comme le métabolisme du glucose et des lipides. Surtout, elle modifie profondément l’organisation circadienne (le rythme circadien étant l’adaptation de notre physiologie à l’alternance jour/nuit). « Par exemple, l’analyse métabolomique révèle que près de la moitié des métabolites hépatiques présentent un rythme sur 24 heures et que plus d’un tiers d’entre eux acquièrent un nouveau rythme sous hypoxie intermittente. Cette redistribution des rythmes métaboliques au cours de la journée traduit une véritable reprogrammation temporelle de l’activité hépatique et met en lumière une dimension jusqu’ici sous-estimée des apnées du sommeil », explique l’Inserm dans un communiqué.
Ces résultats ouvrent de nouveaux champs de recherche dans le domaine de la chronomédecine notamment. Cette discipline, encore émergente, propose d’adapter les traitements médicaux aux rythmes circadiens de chaque individu. En effet, ces reprogrammations métaboliques ne modifient-elles pas la réponse de l’organisme à certains médicaments, en agissant sur la glycémie ou le métabolisme lipidique ? Faudrait-il réévaluer, chez les personnes présentant une apnée du sommeil, les moments où il est conseillé de prendre ces médicaments ? Selon les auteurs de l’étude, au vu de ces résultats, il est nécessaire d’intégrer la dimension temporelle dans la prise en charge des apnées du sommeil.

Source : inserm

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet